Portrait craché

A quel âge votre mère a été ménopausée ?
Avez-vous des diabétiques dans la famille ?
Des cancers ?
Des suicides  ?
Votre père est-il toujours en vie ?
De quoi est-il mort ?
Alors ça, ça compte
Ça, ça ne compte pas
Vous devriez contrôler ça, par contre
Car ce sera pareil pour vous,
Vous savez
Parce que génétiquement parlant…

Dans quelle mesure
Le sujet statistique
Peut-il s’extraire
De l’écrasante genèse
Familiale
Alors que
La science ne cesse de lui répéter
Que son corps
Appartient au fond
4 ever
A ses proches ?

Parce que d’un point de vue
Génétique
Et statistique
C’est en effet prouvé
Vous avez plus de «chance»
De développer
Les mêmes pathologies
Que celles parentales
Et il est d’ailleurs intéressant
De mettre en lumière ce point
Alors qu’en psychanalyse aussi
Il y a également
De la répétition
Des symptômes et/ou structures
Des parents
Une répétition symptomatique
Que nous qualifierons de fantomatique
Dans la mesure où l’on sent parfois
Le fantôme de l’autre
Inscrit derrière…

Et pour le body, corpo, cuerpo
Ce serait donc encore pire !
Tous condamnés par la science
A devenir les portraits crachés
Des aïeux
Aïe aïe aïe
Ça fait mal, non  ?

Et si la psychanalyse permettait
A contrario
A un sujet
D’avancer à contre-courant
De ces prédictions de la science ?
Question qui nous a traversé l’esprit ces derniers jours
En réfléchissant à la notion
D’invention
Inventer
Grâce à la cure
Car après tout
Même la science statistique
Ce n’est jamais du 100%

Seriez-vous capable d’inventer autre chose
Une autre maladie déjà ?
Un autre symptôme  ?
Ou encore mieux, pas de maladie ?
Comme si les gènes
N’étaient plus une gêne
Ne pas être gèné donc
Être sans gène
Juste vous, l’inventeur de votre vie…  ?

Cette proposition
Qui peut être
Un horizon de fin de cure
Semble bizarrement rarement évoquée
Clairement
Dans le jargon psy

« Le terme d’invention n’est pratiquement pas utilisé par Freud pour qui la psychanalyse relève essentiellement d’une découverte », souligne Luis Izcovich
Dans un article
Consacré à la notion d’invention en psychanalyse

Dans ce texte,
Il explique comment Freud
Tel un chercheur d’or
Préférait le mot découvrir
Car il s’agissait pour lui avant tout
De mettre à jour
Quelque chose qui existait déjà
Lacan serait celui qui a amené
Cette idée d’inventivité
De création
Ne serait-ce que pour l’analyste
Qui doit «inventer le savoir»

«Naturellement ce savoir n’est pas du tout cuit. Car il faut l’inventer»
Lance-t-il dans sa Note italienne
Une position dont s’est toujours soutenue Klein
Et que nous avons déjà rencontrée
Chez d’autres analystes inventeurs…

Inventer en tant que psy
Pour encore une fois
S’extraire de l’héritage analytique
Et ne pas se cantonner à être
L’énième fils ou fille à papa
De Freud et Lacan

Mais le sujet alors
L’analysant
Que lui dire sur ce point
Sur le fait de savoir
Inventer grâce à sa cure  ?

Dans Boiter n’est pas pécher
Lucien Israël
– Qui, à sa façon, a souvent inventé
Avance cette pirouette
Sur le fantasme
Qui s’avère
Éclairante pour tous ceux qui voudraient
En finir avec le mythe
Du portrait craché

«Le fantasme, dans lequel le sujet est incarcéré, engoncé, enfoncé, emmuré, le fantasme nous sert de crible pour découper, dans la réalité du monde, les constellations qui nous conviennent. Mais ce sont des constellations guidées par le crible du fantasme. (…) Mais que le fantasme soit ouvert, décapsulé, ai-de dit un jour, qu’il s’ouvre de façon que ses constituants puissent être séparés, et à ce moment nous sommes en présence d’un sujet désirant qui peut choisir un autre radicalement différent de lui sans rapport avec lui-même, un autre qui constitue l’ouverture vers une autre aventure, vers une vie nouvelle qui n’était pas prévisible, pas programmable, pas représentable, et, à la limite, qui n’était pas possible»

«une vie nouvelle qui n’était pas prévisible, pas programmable, pas représentable»
Y compris par vous et les médecins
Sortir de sa fixion donc
En coupant court avec toute fixation
Imaginez par exemple quelqu’un
Qui plutôt que de vous rappeler
Vos menaces génétiques
Vous décontenancerait
En vous demandant
L’heure de la journée que vous préférez
Votre film fétiche
Votre instrument de musique
Votre couleur
Etc etc…
Façon portrait chinois
Ou questionnaire Proust
Ne serait-ce pas aussi ça
Être analyste
Et donc
Décapsuleur…  ?

pierre-bonnard-portrait-dune-jeune-fille
Illustration Portrait d’une jeune fille, Pierre Bonnard

Un certain trouble de l’engage

Et tu lèches les barrières du parc
Tu fais tout le tour, en t’appliquant
Et puis tu verses une bouteille d’eau par terre
Vide l’eau n’importe où
Sur toi, le banc, les gens…

Et puis tu mets du sable partout
Tu remplis tout de sable
Le banc
Tes chaussures
La bouteille
La boîte à goûter d’une autre enfant
Et ta nounou ne comprend vraiment pas
Pourquoi tu t’entêtes à jouer bizarrement comme ça
Oui, pourquoi ne joues-tu pas
Avec les autres  ?
Et ne fais pas
Autre chose que
Lécher
Verser
Remplir
Et verser encore  ?

Et du coin de l’œil parfois pourtant
Tu nous regardes
Nous
L’analyste
Œdipe aux yeux brûlés…

Et que peut-on faire là, dans un parc
A part t’observer de façon flottante
Et savoir que tu cherches
A incorporer les choses
Le monde
La vie, son sens
Les limites
Les barrières
Qui est vide de sens  ?
Toi, ton corps
Ou la vie  ?
Et ta langue fait le tour de quoi  ?
Le tour du parc
Ou le tour du monde, de ton monde  ?

Il faudrait te demander un jour
De nous dessiner quelque chose
Qui ne serait pas un mouton
Mais voudrais-tu vraiment
Te saisir de ce feutre
Ou préférerais-tu lécher la feuille
Pour faire une aquarelle  ?

Tu sais
Les Autres enfants
Mettent
Un espace ou des mots
Entre eux et la Chose
Alors ils aiment nous dessiner des bonhommes
Et raconter leurs histoires
Mais quel est ton histoire à toi  ?
Toi qui parles
Vas à l’école
N’as plus de couche
Manges normalement
Regardes dans les yeux

Et pourtant ce flottement qui revient
Devant le visage las de ta mère
Ton épouvante indifférence
Quand tu regardes ton petit frère dans sa poussette
Ton absence aussi
Quand tu chantonnes tout seul en jouant

Que deviendra cette étrangeté
Si personne ne la voit
Ou plutôt
Si aucun analyste ne l’écoute  ?
Car c’est peut-être cette question
Que tu nous envoies d’un regard
Plutôt qu’avec ta langue

Si personne ne voit ça
Que fait-on  ?

«Il y a, chez l’analyste, un transfert spécifique car il a foi dans l’être humain son interlocuteur, être unique en son genre, sujet de la fonction symbolique, sujet inconscient de l’histoire qui est la sienne, sujet désirant se signifier, sujet appelant réponse à sa question»
Disait Dolto dans Le Cas Dominique

Sauf que ça, c’était en 1971
Et toi maintenant
Tu grandis
Dans DSMland, mon enfant…

«Dans l’autisme, il n’y a pas de construction narcissique qui donne un minimum de sens à l’existence et à la jouissance»
«Il n’y a pas d’histoire, l’Autre pulvérise le sujet»
Avançait Marc Strauss l’autre jour à Madrid

Vrai  ? Faux  ?
De toute façon, toi, tu n’es pas vraiment autiste
Pas vraiment pulvérisé
Non, tu es juste «troublé»
Tout comme des dizaines de petits camarades
Qui mordent, tapent
Et dorment chaque nuit
Dans le lit de leurs parents
Oubliant certainement
Cette idée
Que «Le corps se fait le lit de l’Autre»

«Il faut poser que, fait d’un animal en proie au langage, le désir de l’homme est le désir de l’Autre»
Expliquait Lacan encore

Mais cet Autre a tellement changé, évolué
Que la clinique 2.0
Est floue
Et surtout de plus en plus réduite
Grignotée par le scientisme
Écrasée par le dogme y compris psy
Fustigée par la haine
Pratiquée par des idiots  ? – c’est une question…

Qu’il semble loin le temps
Où Freud détaillait  :
«L’hystérie est l’image distordue d’une création artistique, une névrose de contrainte l’image distordue d’une religion, un délire paranoïaque l’image distordue d’un système philosophique»

Et today  ?
Quid de l’enfant lécheur de barrières  ?
Devrions-nous tenter de traquer la perte de réalité
Qu’il abrite  ?
Ou le laisser faire le tour
Du pas de sens de sa langue  ?

«Cette position esthétique relève d’une éthique du dire dont la psychanalyse est le creuset puisqu’elle relève non d’une interprétation d’un sens mais du pas de sens qui disjoint la convention», écrit Michel Allègre

Éthique du dire donc
Éthique du pas de sens
Avec à l’horizon le beau
Qui «a pour effet de suspendre, d’abaisser, de désarmer, dirai-je, le désir»
Lacan again
Mais si personne ne voit ça
Que fait-on  ?

CTDR_III_069_1961_Delian_Ode_10_66_612

Illustration Cy Twombly, Delian Ode

Des oreilles pour les murs

« Contribuciones del psicoánalisis a la práctica clinica del TDAH y TEA »

Des oreilles pour les murs

Et si être psy à l’ère DSM, ce n’était pas contribuer à la folie du diagnostic sériel, mais faire du cabinet un asile dans le bon sens du terme. Pas un endroit pour les fous, non. De toute façon, «le psychotique est normal dans sa psychose», dit Lacan. Mais un lieu inviolable où cet enfant de 3 ans qui lèche les barrières encerclant un parc madrilène ne gagnera pas son étiquette made in DSMland. Car l’analyse ne s’intéresse pas à la norme mais «à comment le sujet s’organise autour de son désir», note Patrick Landman. Alors il s’agira de désérialiser «le sujet statistique» décrit par Michel Allègre, de lui redonner de l’inconscient peut-être. De faire ce pas de côté qui fâche, à l’heure où le scientisme domine et où l’autisme, notion pourtant créée par la psychanalyse, est le symbole des anti-divans. «D’un point de vue marxiste, le mot autisme est devenu une marchandise», écrit Paul Alerini. Imaginez alors un endroit où l’on pourrait lécher les murs et tomber sur une oreille…

Texte écrit en français en réponse à cet appel à participation espagnol…
Pas envoyé par contre car quelque part hors sujet…

El 25 de mayo tendrán lugar en la ciudad de Vigo las XIX Jornadas de Colegios Clínicos del conjunto de las Formaciones Clínicas del Campo Lacaniano –F9.

Por la mañana el tema tratará sobre Entrar en análisis, y por la tarde habrá una mesa redonda acerca de : Contribuciones del psicoanálisis a la práctica clínica del TDAH y TEA.

Pueden presentar propuestas de trabajo tanto los participantes en la enseñanza como los alumnos matriculados en el Colegio de psicoanálisis. Para quienes deseen presentar propuesta de intervención en la mesa redonda, pedimos que se circunscriba a un aspecto de la intervención o del tratamiento de estos dos “diagnósticos” de actualidad.

Los interesados deben enviar sus propuestas de ponencia (título y un máximo de 10 líneas sobre el tema a exponer) a la comisión científica de las Jornadas. La fecha límite de la recepción de propuestas es el 1 de abril.

Captura-de-pantalla-2018-04-22-a-las-12.49.20

Illustration Doria Garcia, Jacques Lacan Wallpaper

Médée vous vraiment ?

Médée
(nom dans lequel nous proposons hoy d’entendre m’aidez)
A d’abord trahi son père et tué son frère
Pour aider son amant
Cependant, répudiée par la suite par ce dernier
Elle tuera ses propres enfants
Pour se venger…

L’aidante Médée
Se révéla donc être avant tout
Tueuse
Tueuse sans regret
Sans limite

D’où cette question
M’aidez-vous vraiment
Ou alors êtes vous en train de Médée  ?
C’est-à-dire de m’aider
Pour ensuite mieux me posséder
Ou du moins considérer
Que je vous appartiens, que je vous suis liée ?

Étonnamment
Toute cette réflexion nous a traversé l’esprit
Suite à la question très tranchée
D’une analyste
Sur la faiblesse que pouvait avoir
Une hystérique

Après hésitations et silence
La mort nous était apparue
Comme le point faible de l’hystérique
Oui, la mort
Comme une impasse pour ce type de sujet
Comme nous l’avions d’ailleurs déjà écrit
Un jour ici

C’est-à-dire que ce type de sujet
Ne sait absolument pas quoi faire de la mort
A part la donner  ?
C’est Médée qui revient ici
Avec cet éclairage qu’elle apporte
Sur l’aidante qui causera la perte
Qui peut, of course, être aussi symbolique
Et en passant
N’est-ce pas cette place que peut potentiellement
Occuper toute mère pour l’enfant  ?

«L’amour concentré sur un objet nous offre lui-même une autre polarité de ce genre : amour proprement dit (tendresse) et haine (agression)»,
Expose Freud dans Au-delà du principe de plaisir

Ce qu’il révèle là
C’est que la haine
Est toujours là quand il y a de l’amour
Et ceci est valable
Pour tous
Y compris pour toute mère
Si aimante soit-elle…

«la mère hait son petit enfant dès le début… », a ainsi lancé Winnicott

La vie de Médée incarnerait-elle alors
Ce versant de haine maternelle  ?
Ou bien représenterait-elle en prime
Ce dont est capable une hystérique au narcissisme blessé  ?
Car ce que l’hystérique refuse
Plus que la mort
C’est
La mort de quelque chose
Et donc la castration

«Ce que l’hystérie, dit-on, refoule mais qu’en réalité elle promeut, c’est ce point à l’infini de la jouissance comme absolu»
A souligné Lacan dans le Séminaire 16

L’infini de la jouissance
Revendiqué par Médée
Qui veut faire disparaître
Tout ce qui prouve
Que la jouissance n’est pas infinie
Et que la castration existe donc…

Pouvez-vous m’aider plutôt que Médée  ?
Jenny Aubry affirme elle
Que le sujet
Doit finalement
Tuer la mère
Pour s’aider

“Quelle mère faut-il tuer ? C’est une mère imaginaire, celle qui apparaissait à l’enfant comme toute-puissante, dispensatrice de tous les biens, celle qui pouvait donner à l’enfant le bien-être, la vie, la santé, et qu’il fallait séduire en réalisant tous ses désirs pour survivre”.

“C’est seulement lorsqu’il aura en quelque sorte tué symboliquement par la parole cette mère et cet enfant imaginaire, qu’il pourra, au lieu de « régler des comptes », accéder à son désir propre et retrouver sa mère réelle, celle que son histoire a structurée et formée. Celle qui n’est ni toute-puissante ni parfaite…”

Mais êtes-vous
Vraiment prêt
A tuer Médée ?

momafilm_pierpaolopasolini-2012_medea

Illustration Maria Callas dans Médée de Pier Paolo Pasolini

Boucle d’or

Qu’est-ce que cela signifie
Faire une nouvelle tranche de cure  ?
Comment l’analyste se positionne-t-il
Dans ce type d’écoute  ?
Est-ce la même chose  ?
Est-ce nouveau  ?
Est-ce nécessaire aussi
D’un jour retourner voir
Un autre psy  ?

Freud est connu pour avoir recommandé
Aux analystes
De refaire une cure tous les cinq ans
Pourquoi 5 ans  ?
Et pourquoi pas  ?

Certains disent plutôt
Qu’il est nécessaire de retourner sur le divan
A chaque tranche de vie
Mais qu’est-ce qu’une tranche de vie  ?
Il y a quelques années
Un analyste nous avait lui conseillé
De reprendre une tranche
Quand quelque chose
Un événement de vie
Indiquait que ça ne tournait pas rond

Tourner en rond ou pas  ?
Cette idée nous intéresse aujourd’hui
Car il nous semble justement que
Comme le dit Lacan

«L’homme tourne en rond (… ) parce que la structure, la structure de l’homme est torique»

Et cet état de fait
Serait irrésistible à toute cure
Alors pourquoi pas
Revoir un psy
Quand ça ne tourne plus rond indeed ?

Sur le site de Patrick Valas
Nous découvrons
Sa vision théorique
De ce qu’est une seconde cure
A savoir

«On ne reprend pas une cure, tranche par tranche, mais on commence une nouvelle cure qui ne peut se faire qu’à la condition de défaire ce qui a été construit précédemment avec un autre analyste bien sûr. Cela rend spécialement difficile non seulement la tâche de l’analysant mais aussi pour l’analyste le calcul de l’interprétation pour 1’effectuation de son acte»

Pour lui
Il y aurait donc cette idée
D’une destruction
Pour ensuite reconstruire
Il remet aussi en question
La notion de tranches
Qui s’empileraient

Un point de vue qu’à ce jour
Nous ne partageons pas
Puisqu’il nous semble au contraire
Que la seconde cure
Plus qu’une destruction
Doit être une continuation
De ce qui a été bâti en premier lieu
Comme un second regard
Sur les points restés aveugles…

Klein, qui avait pour habitude de proposer
Une tranche de cure avec elle
A tous ceux qui ne la comprenaient pas
– ce qui révèle jusqu’à quel point sont allées ses cures…
A par exemple très clairement
Empilé ses deux tranches de cure
Avec Ferenczi puis Abraham
Sans couper le fil de son premier divan

«Pendant mon analyse avec Ferenczi, il attira mon attention sur le don réel que j’avais de comprendre les enfants et sur l’intérêt que je leur portais et il m’encouragea, sans réserve, dans mon idée de me consacrer à l’analyse et en particulier à l’analyse des enfants»
Explique-t-elle dans son autobiographie

Ce témoignage
Atteste du fait que sa position de clinicienne
S’était donc déjà dessinée avec Ferenczi

Lacan, tout comme Freud
N’a pour sa part
Pas fait de deuxième tranche
Il s’en est tenu
A une seule cure de six ans
Avec Loew
Terminée par forçage
Et via un transfert négatif

Faut-il en conclure
Qu’il aurait mieux fait
De refaire une tranche  ?
En tout cas
Lui-même affirme
Dans le séminaire XXIV

«le fait d’avoir franchi une psychanalyse est quelque chose qui, qui ne saurait être en aucun cas ramené a l’état antérieur, sauf, bien entendu, à pratiquer une autre coupure, celle qui serait équivalente à une contre-psychanalyse, c’est bien pourquoi Freud, Freud insistait pour que, pour qu’au moins les psychanalystes refassent ce qu’on appelle couramment deux tranches, c’est-à-dire fassent une seconde fois la coupure que je désigne ici comme étant ce qui restaure le nœud borroméen dans sa forme originale»

Cela nous renvoie à cette idée
De structure fondamentalement torique
De tout sujet
Ainsi qu’à notre titre
Boucle d’or
Et si une seconde tranche était nécessaire
Pour boucler la boucle
Et renouer
Avec ses origines ?

fantomas-kNTB--510x349@abc

Illustration «El divorcio de Fantômas», de Eduardo Arroyo

L’obscure clarté

Encore une fois
C’est une simple lueur vive
Dans le regard
Ainsi qu’une légère
– Pour ne pas dire infime
Excitation dans sa voix
Qui nous a fait déceler
Contre toute attente
Une jouissance

A 40 ans
Elle était en train
De nous parler de sa maladie
Son cancer
Dont elle s’était courageusement
Débarrassé
Et pourtant
A l’évocation de ses analyses
Et du rappel de combien la maladie
Avait auparavant
Atteint un chiffre astronomique
Dans son sang
Pourquoi alors
Notre oreille avait-elle saisi
Ce jouir  ?

Souffrir de plaisir
Plaisir de souffrir
Il est étonnant
De voir
Combien la jouissance peut se larver
Là où personne ne l’attend
Et surtout pas le malade
Ou le guéri
Tout ceci atteste de l’existence
D’une
«force qui se défend par tous les moyens contre la guérison et veut absolument s’accrocher à la maladie et à la souffrance»

C’est Freud qui a parlé de ça
Dans son texte Analyse finie / Analyse infinie
Il explique :

«Il n’est pas d’impression émanant des résistances lors du travail analytique qui soit plus puissante que celle donnée par une force qui se défend contre la guérison par tous les moyens et veut absolument s’accrocher à la maladie et à la souffrance. Une partie de cette force est identifiée à un besoin de punition et localisée dans la relation du Moi au Surmoi. Si l’on considère dans son ensemble le tableau dans lequel se rassemblent les manifestations du masochisme immanent de tant de personnes, celle de la réaction thérapeutique négative, on ne pourra plus resté attaché à la croyance que le cours des événements psychiques est exclusivement dominé par l’aspiration au plaisir. Ces phénomènes sont les indices indéniables de l’existence dans la vie de l’âme d’une puissance que d’après ses buts, nous appelons pulsion d’agression ou de destruction et que nous dérivons de l’originaire pulsion de mort. »

Besoin de punition donc
Réaction thérapeutique négative aussi
Mais également pulsion de mort
Ainsi que masochisme

Ce sont ces quatre pistes
Que nous donne Freud
Pour écouter cette femme
Mais avouons que la lueur de jouissance
Comme une obscure clarté
Aperçue dans le regard de ce sujet
Nous porte surtout à réfléchir
Au masochisme

Car c’est ce jouir qui nous a
Le plus déconcertée
Un jouir que Freud
Explique de deux façons

«dans le premier cas, l’accent porte sur le sadisme renforcé du surmoi, auquel le moi se soumet  ; dans le second, au contraire, il porte sur le masochisme du moi qui réclame la punition, qu’elle vienne du surmoi ou des puissances parentales externes»

Sadisme du surmoi  ?
Ou masochisme du moi  ?
C’est la deuxième option
Qui fait écho
A notre sujet
Mais accepter cette idée
Apporte évidemment
Une question totalement inacceptable par beaucoup
A savoir  :

Et si certains malades
Réclamaient la punition
De leur surmoi
Ou des puissances parentales externes
Devenues par la suite la vie
Comme un appel inconscient au coup du sort
A la maladie
A la souffrance
Au malheur répété
A l’infini  ?

Toujours concernant le masochisme
Il est intéressant de noter que Deleuze
A oeuvré pour que Leopold von Sacher-Masoch
Ne soit plus réduit
A ses fantasmes et fétiches
Et plutôt réintroduit
Comme un grand écrivain
Et de fait
La vignette clinique que nous écrivons
Prouve bien
Qu’il n’y a pas toujours de fourrure
Ni de fouet
Dans le fantasme masochiste
Qui s’avère même potentiellement écrit
Dans toutes les économies psychiques des sujets
Puisqu’il est issu de ce quart de tour
Faisant passer de l’enfant battu regardé
A être soi-même battu
Par le Père
(voir ce texte de référence ici)

Potentiellement
Tout le monde
Pourrait demander le bâton à Papa

Mais certains sujets
Y seraient cependant plus étroitement attachés
Ou bien serait-ce
Leur pulsion de mort
Qui se déchaînerait
Contre leur gré
Mais pourquoi serait-elle alors
Si jouissive…  ?

Dans les Ecrits Techniques
Lacan rapproche
Le masochisme
De la célèbre scène du Fort/Da
Lorsque l’enfant observé par Freud
Joue avec la bobine
Et s’amuse et jouit de la faire disparaître

«Le masochisme primordial est autour de cette première négativation, et même meurtre de la chose pour tout dire»

Comme si
Dans l’écriture de la jouissance masochiste
Il y avait donc aussi
L’idée de faire disparaître l’Autre
De tuer l’Autre
Ou l’objet

Et il est vrai qu’à entendre
Cette femme
Nous avons eu l’espace d’un instant
L’impression
D’avoir en face de nous
Un être dupliqué (cf le tableau des deux soeurs)
Et d’assister à un meurtre

Meurtre de l’analyste  ?
Meurtre du sujet  ?
Meurtre du moi  ?
Une chose est sûre
A cet instant
Ce n’était pas la maladie qu’elle voulait éradiquer

450px-théodore_chassériau_003

Illustration Les deux sœurs, Théodore Chassériau

Cría cuervos

Il a beau avoir 3 ans bien entamés
Et aller à l’école
Il porte encore souvent la couche
Et puis surtout
Sa mère nous raconte
« No come nada »

Il ne mange rien, donc
Juste le biberon
Quelques bonbons
Parfois des frites
Mais il refuse de passer aux aliments solides
Aussi bien à l’école
Qu’à casa

Et une psy aurait dit qu’il fallait attendre l’été
Que c’était une lubie
Que cela allait lui passer
Mais en interrogeant l’enfant
En lui lançant juste
Un « Alors, tu ne manges pas ? » un brin étonné
Ce qui nous a surpris
C’est la jouissance de son regard
Quelque chose s’était comme éclairé en lui
Comme un éclair de jouissance
Ou de génie
A s’entendre dire ça

Et alors que sa mère
D’allure très hystérique
Se lamentait
« No come nada, nada, nada »
Mais sans vraiment paniquer non plus (jouissance ?)
Il y avait quelque chose dans cette histoire
Qui semblait donc faire en tout cas
Jouir cet enfant
Le rendre fier
Et l’amuser même

D’où cette question
Qui nous a traversé l’esprit
Pourquoi ne pas manger
Pouvait autant l’exciter ?

Dans ces Trois essais sur la théorie sexuelle infantile
Freud rappelle combien
L’oralité est première dans la pulsion
Et la construction
Et précise

« Une première organisation sexuelle prégenitale est celle que nous appellerons orale ou, si vous voulez, cannibale. L’activité sexuelle, dans cette phase, n’est pas séparée de l’ingestion des aliments, la différenciation de deux courants n’apparaissant pas encore. Les deux activités ont le même objet et le but sexuel est constitué par l’incorporation de l’objet, prototype de ce qui sera plus tard l’identification appelée à jouer un rôle important dans le développement psychique»

Chez cet enfant donc
Il y aurait quelque part
Une stagnation au sein de cette première organisation
La volonté de ne jouir que de cette phase
– Et voilà pourquoi aussi peut-être il conserve la couche

Une autre phrase de Freud
Qui concerne l’oralité nous fait penser à cet enfant

« Il semble bien plutôt que l’avidité de l’enfant pour sa première nourriture soit insatiable, qu’il ne se console jamais de la perte du sein maternel », lance-t-il dans les Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse

Et donc ce serait encore cette avidité
Que cet enfant refuserait de lâcher
Il ne veut pas renoncer à sa première nourriture
Et il ne mange pas rien
Comme dit sa mère
Ni du rien, comme dirait Lacan
Mais il mange plutôt
Toujours la même chose, le biberon
Soit le sein

Il ne mange que le sein
Que le Saint aussi
Le sacré maternel
Le sacre maternel d’ailleurs
Car il y a également
De ça
Dans cette scène que nous avons observée
Comme si en faisant ça
Cela « sacrait » for ever sa mère
Qui lui donne le biberon
Et encore
Et encore
Para siempre
Et jusqu’à la mort ?

Car oui
Est-ce se laisser nourrir
Ou se laisser mourir ?

« Cría cuervos y te sacarán los ojos »
Soit « élève des corbeaux et ils te crèveront les yeux »
Sorti en 1976, le titre du film Cría cuervos
S’inspire de ce dicton
Et s’il nous revient en tête aujourd’hui
Est-ce le hasard
Ou plutôt
Parce que
Cette dialectique mère-enfant
Comporte la question
De qui regarde
Et de qui crève
Et de qui jouit donc en regardant
La mère ? L’enfant ?
Les deux ensemble ?
Peut-on nourrir celui qui finira par nous crever les yeux ?

A ce jour, nul ne sait quand finira par manger
Cet enfant
Cet été ?
Ou plus tard
Mais aucun doute sur le fait
Qu’il restera une trace
De cet échange
Comme une morsure du regard

kahlo

Illustration Viva la vida, dernière œuvre de Frida Kahlo

Ces enfants de la balle

C’est en découvrant la petite Hilda
Que cette réflexion nous a traversé l’esprit
Car Karl Abraham
A donc eu une fille, Hilda
Devenue par la suite psychanalyste
Et sur laquelle il avait écrit
Ce petit texte
«Rêveries et symptômes chez une petite fille de sept ans»

Quand l’analyste analyse ses enfants donc…
Et quand par la suite ces derniers décident eux aussi
D’embrasser la cause psy

Comment l’expliquer, comment le penser ?
Comment ne pas imaginer aussi
Que ses enfants finissent par produire
Le symptôme pour papa ou maman
Ou ne sont pas en train d’essayer
De devenir l’objet a
De ce père ou de cette mère psy ?

« Elle veut savoir si je procède avec mes patients exactement comme avec elle, puis elle me dit « Ils doivent venir souvent te voir ? » (ce qui exprime apparemment le désir que je lui consacre plus de temps) », raconte Abraham

C’est plus particulièrement cette petite phrase d’Hilda
Qui nous a fait réfléchir
Car elle était le parfait écho
D’une phrase
Que nous avons
Personnellement entendue

Alors quoi ?
Les psys délaissent-ils la psyché de leurs propres enfants
Pour s’occuper de celles des autres ?
Y laissent-ils la trace fantasmatique
Qu’ils sont en train de régler
Des problèmes beaucoup plus importants
Que ceux dits familiers de leurs enfants ?

Historiquement
C’est en tout cas
Freud encore qui a ouvert la voie
A cette drôle de filiation dans la psychanalyse
Avec les fraises d’Anna
Qui deviendra psy

Mais il y a aussi eu Dolto
Qui a parfois parlé dans ses livres de ses enfants
Et dont la fille, médecin aujourd’hui
Est restée dans sa mouvance
«Ce n’est pas drôle tous les jours, d’être enfant de psychanalystes»
Avait d’ailleurs elle-même glissé Dolto un jour à la télé

Même scénario chez Mélanie Klein
Qui n’a pas manqué d’être inspirée
Par ses propres kids
Mais dont nous découvrons aussi que la fille
Melitta Schmideberg
A été psy, mais surtout a fini par être
Très opposée
Aux théories de sa mère

« Mercredi, Melitta a lu un papier vraiment choquant, attaquant “Mme Klein et ses partisans” personnellement et disant tout simplement que nous étions tous de mauvais analystes – indescriptible », écrit Joan Riviere dans une lettre à James Strachey

Enfin
Chez les Lacan
La transmission aussi a opéré
Judith Miller étant psy
Tandis que c’était aussi le cas de Laurence Bataille

Des enfants de psy qui deviennent des psys
Et des psys qui racontent
Les maux (secrets) de leurs propres enfants

«Cela me fait penser à une de mes filles, racontait l’autre jour à Madrid Marc Strauss. Elle faisait des mathématiques quand elle était très petite, elle m’avait fait part de quelques difficultés et j’ai voulu lui montrer quelques trucs, à propos du calcul. J’ai voulu faire le pédagogue malin, et elle a répondu « ah non, pas toi ! » C’est que la fonction père et la fonction pédagogue, ce n’est pas la même. Je l’ai donc laissée tranquille, quand elle avait des problèmes de compréhension plus tard, j’attendais qu’elle viennent »

Cette cuisine familiale
Est-elle condamnable ?
Est-elle aussi parfois néfaste pour certains kids
Comme la méthodologie éducative d’Anna
Ou ce que Klein appelait mystérieusement
« La maladie » de Mellita
Le laissent penser ?

L’analyste producteur éventuel de psys
Dans son cabinet
A-t-il la manie
De produire aussi quelques éléments chez lui ?
De ne pas savoir
Fermer le robinet de l’analyse… ?

« Ils doivent venir souvent te voir ? », dit l’enfant
Ou encore « tu les vois plus que moi »

Comme face à tout métier parental
Impliquant des enfants
L’enfant dans l’attente imagine et fantasme :
Et si Papa ou Maman
Rencontrait des enfants mieux que moi ?
Et s’ils s’intéressaient plus à eux ?

Alors l’enfant produit
Des rêves de fraises
Des histoires de singes
Une girafe pour Hans
Ce matériel
Est à la fois
Le reflet de leur psyché
Mais aussi du désir d’intéresser
Celui qui a été mordu un jour par la sorcière…
Cependant cette dualité existe aussi
Dans tout transfert

C’est à l’analyste
De savoir discerner
Qui de quoi dans ce dire
Face à la parole de son enfant
Tout en gardant en tête cette idée
Que peut-être
La psychanalyse des enfants
A finalement été créée
Par ces petits observateurs de parents psys
Qui cherchaient à capter l’attention de papa-maman

Au même titre que les bouches d’or
Ont inventé la talking cure
Les enfants de la balle
Hilda, Melitta, Anna, Erich et tant d’autres
Ne sont-ils par les véritables inventeurs
De la psychanalyse for kids ?

ob_9779c2_chagall-au-cirque-2

Illustration Chaball au cirque

Ma sorcière bien-aimée

Qu’il est parfois difficile
De tenir, sans le lâcher,
Le fil de la sorcière
D’accepter
Comme le disait Freud
Que, as usual,
«Il faut bien que la sorcière s’en mêle»
Et que donc derrière tout acte
Tout moment de vie
Il y aurait entre autres
L’inconscient
Le ça

« Tu crois savoir tout ce qui se passe dans ton âme, dès que c’est suffisamment important, parce que ta conscience te l’apprendrait alors »
Mais « Le psychique ne coïncide pas en toi avec le conscient »
Rappelle Freud
Dans Une difficulté de la psychanalyse

Cette mystérieuse inadéquation
Entre le psychique et le conscient
Point précis sur lequel travaille l’analyste
Nous est apparue
Une nouvelle fois clairement
Ces derniers jours
Alors que nous évoquions
Avec des enfants
La question de pourquoi un homme
Ou une femme
Dort parfois
Dans la rue

Alors bien sûr
Il y a évidemment toutes les raisons économiques
Et tragiques
Poussant un Autre à dormir là
Par terre
Ou sur des cartons

Mais il y a aussi l’inconscient
Ce petit décalage
Cette sorcière
Qui fait
Que toujours
Autre chose s’écrit
Et qu’il ne s’agit pas
Uniquement de détresse économique
Ni de psychose

Nous rapporterons ici
L’histoire d’un père
Croisé il y a plus d’une dizaine d’années
Dans les rues de Bordeaux
Il dormait face à une banque
Et ce, selon son dire, suite
A des événements de vie
Terribles
Perte de son emploi, divorce…

Il se trouve que son histoire avait ému quelques personnes
Un logement lui avait alors été donné
Mais au bout d’une semaine
Ou même une poignée de jours
Il était parti
« Je ne supportais pas de vivre entre les murs et les fenêtres »
Avait-il dit pour s’expliquer
Arguant trouver trop bruyant une chambre

Et c’est donc ici
Qu’intervient selon nous
Ma sorcière bien-aimée
Ce décalage
Ce petit quelque chose qui ne cesse pas de ne pas s’écrire
Et qui est difficilement entendable
A part peut-être par un analyste

Car la question est la bien la suivante :
Et si le problème ne venait pas du réel
Du palpable
A savoir l’argent, le travail
Mais bien de la psyché
Et qui plus, sans aller jusqu’à parler de folie
De maladie mentale ?
C’est certainement
Ce que doit étudier
Sandra Meshreky
Dans son ouvrage
« Psychanalyse sans domicile fixe – Topologie des sans-logis »
Qui est présenté sur la toile en ces termes :

« La difficulté pour un S.D.F. à habiter un lieu physique se révèle comme le symptôme d’une difficulté à habiter un lieu symbolique »

Impossible en effet d’habiter l’home
Pour ce père
Qui avait donc divorcé du symbolisme de sa vie
Qui ne pouvait plus entrer dans la maison symbolique

Mais alors
Quel symbole représente l’home pour chacun ?
Et pourquoi certaines personnes n’ont (volontairement) pas de maison
Quand d’autres en changent tout le temps ?
Pourquoi certains sont incapables de nettoyer leur logis
Tandis que d’autres passent tout leur temps
A l’astiquer ?
Pourquoi certains louent
Quand d’autres achètent ?
Et pourquoi certains ne peuvent pas en changer
Ont besoin d’un home immuable…
Et quid enfin des fausses maisons inventées de toute pièce par airbnb ?
Pourquoi, alors, certains ne voudraient plus de home du tout
Et préféreraient
The street ?

Aussi étrange que cela puisse paraître
Cette réflexion nous a fait penser
A une expression utilisée en Espagne
Sur un tout autre thème

« Vientres de alquiler »

C’est ainsi que les Espagnols
Nomment la gestation pour autrui

Et c’est curieux mais cela fait entendre
Que notre premier logement
C’est bien le ventre de la mère
Et que dans notre société
Aujourd’hui, ce ventre est parfois à louer
Ce qui dénote d’une particularité moderne
Mais quel rapport avec les SDF ?
Et bien la sorcière nous a dicté
Cette idée
Qu’il n’était pas impossible
Que ceux qui ne veulent plus d’home
Ou qui avaient un rapport contrarié
Ou au contraire fusionnel avec leur casa
Et bien tout ceci
N’était peut-être pas sans lien
Avec ce qui s’était écrit dans leur premier maison
A savoir leur mère
Avec cette idée étonnante
Que sans-abri
C’est le premier état du nourrisson
Qui naît et sort de ce qui l’avait jusqu’ici
Abrité…

Selon Lacan

« L’homme trouve sa maison en un point situé dans l’Autre, au-delà de l’image dont nous sommes faits, et cette place représente l’absence où nous sommes »

Il se pourrait donc que ceux
Qui un jour descendent dans la rue
N’aient pas trouvé ce point dans l’Autre
Ou l’aient perdu
Ou bien que le ventre
Qui les a accueillis dès le départ
Ne comportait pas de place
Pas d’absence
De creux
Où naître alors ? Où n’être alors ?

800px-Francisco_de_Goya_-_Vuelo_de_brujas_(1798)

Illustration Vuelo de brujas, Goya

Comment parler aux enfants sans les angoisser ?, Marc Strauss

Conférence de Marc Strauss, psychiatre, psychanalyste, membre fondateur de l’École de Psychanalyse des Forums du Champ lacanien

Madrid, 19 octobre 2018, http://www.colpsicoanalisis-madrid.com/aula-abierta/

(Prise de notes, ce que j’ai pu/su/voulu saisir de son discours ce jour-là)

«J’ai proposé cette question, « comment parler aux enfants sans les angoisser ? », à cause de cette actualité qui dure. C’est celle du combat très violent autour de l’autisme.

Je ne sais pas comment c’est ici mais en France, il ne se passe pas une semaine sans qu’il n’y ait une nouvelle initiative dans le but de chasser la psychanalyse de l’autisme.

En France, pendant longtemps, la psychanalyse a été la référence pour l’autisme ! Et maintenant, c’est plutôt le contraire. Les psychanalystes sont détestés par beaucoup.

Et pourtant, s’il y a bien enfant pour qui la question de lui parler sans l’angoisser se pose, c’est l’autiste.

Parler à un autiste, lui adresser la parole, c’est prendre le risque de provoquer chez lui une angoisse impossible à maîtriser par lui-même et l’entourage.

Alors comment parler aux enfants sans les angoisser ? C’est très simple, c’est impossible.

Nous avons en fait deux problèmes qui se posent ici : comment s’adresser à eux ? Et là vous avez toutes les méthodes qui visent à remplacer la psychanalyse, comme l’ABA, le teacch…. Ce sont des méthodes essayant d’éviter la confrontation directe avec l’enfant. Tout ceci j’y reviendrai demain.

Et l’autre question au fond c’est : est-ce qu’il n’y a pas toujours une dimension angoissante dans la parole ?

Cela nous amènerait à répondre comme Freud à qui une mère avait demandé comment bien élever son enfant… Il lui avait dit « Faites ce que vous voulez, de toute façon, ce sera mal. »

Freud en répondant ainsi rappelle qu’il y a autre chose en jeu, entre la mère et le fils. Autre chose que le bien qu’elle croit sincèrement lui vouloir. Il y a aussi l’inconscient.

Elle ne sait jamais entièrement ce qu’elle fait, et elle ne sait pas quand elle fait du mal.

Je vois des mères qui ont toujours plus ou moins peur de mal faire. Régulièrement, des livres grand public sur comment éduquer son enfant sortent. Ils ont toujours autant de succès que les magasins féminins ! Il y en a un nouveau tous les 6 mois et c’est toujours un best seller !

C’est bien la preuve qu’il n’y a pas besoin d’un psychanalyste pour culpabiliser les mères, elles le font déjà très bien toutes seules !

Alors évidemment, la psychanalyse est allée trop loin, notamment suite à des travaux de Bruno Bettelheim qui a parlé de la toxicité des mères. C’est sûr que ce n’était pas la meilleure manière de commencer l’approche thérapeutique !

Il y a même des Lacaniens qui ont cherché la forclusion du Nom du père, que Lacan a mis au principe de la relation du psychotique au monde, et bien ils l’ont cherché dans la mère ce qui est bien sûr abusif et faux.

Pourquoi la mère fait cependant aussi du mal et pas que du bien ?

Parce que plus la mère parlera à son enfant, plus elle creusera en lui le gouffre de la question qu’elle attend de lui.

Le gouffre de la question : qu’est-ce qu’elle me veut ?

Une question que l’on se pose toujours ensuite. Car le langage ne sert pas qu’à une communication directe et immédiate. « Pouvez-vous me passer le sel ? » ne signifie pas la même chose en fonction de à qui on le dit, vous comprenez ?

Alors bien sûr, les mères disent à l’enfant ce qu’elles veulent. Elle demandent ce qu’elle veulent. Et la société aussi.

Tout le monde attend que l’enfant soit éduqué comme le groupe. Ce qui commence par la propreté. On est obligé de faire ça, par amour.

Mais la question de l’enfant, c’est de savoir qu’est-ce qu’il est pour eux, pourquoi ses parent l’ont-ils mis au monde ?

Et à cette question, ils ne savent pas répondre, ils n’en savent rien.

Normalement, cette question se réveille à l’adolescence, quand l’ado rejette les normes parentales et dit : « mais je n’ai pas demandé à vivre ? » Ce qui en général coupe la parole aux parents.

Cette question se réveille à l’adolescence car l’enfant comprend que jamais il n’y aura de réponse.

Dans l’enfance, l’enfant attend, il accepte d’attendre d’avoir la réponse plus tard, quand il sera plus grand, et le voilà grand et pas de réponse ! Et les parents ne peuvent plus tricher, faire semblant alors qu’avant ils avaient caché qu’ils n’ont pas de réponse à la cause de l’existence.

Du coup les ados sont profondément déçus, ils voient leurs parents comme de moutons conformistes, indifférents aux vérités fondamentales. La bande de copains devient l’appui qui n’est plus trouvé dans la famille.

En fait, il y a deux vérités.
Celle de la science moderne, incarnée par Descartes, et qui se veut universelle, mathématique. Et la vérité humaine, celle des choix. Et si nous ne sommes pas des machines, la question de notre responsabilité se pose jusque dans la décision de procréer.

Lacan souligne dans un séminaire que ce sont les enfants les plus sensibles à la question de la décision subjective qui ont le plus de difficulté en mathématique. Cet enfant sait qu’un calcul n’est pas porteur de sa vérité.

Voyez ici qu’il n’y a pas que les autistes que l’on angoisse en leur parlant…

Quand on parle à un enfant, il ne sait pas quelle place on lui donne dans notre théâtre inconscient. Et tout ceci ne va pas s’arranger quand on choisira en plus le sexe de son enfant avant sa naissance !

Car aujourd’hui, si la science invente quelque chose, cela devient tout de suite un marché dans le capitalisme contemporain. Sur ce point, les progressistes vont sûrement se battre pour obtenir une liberté de choix au nom de la liberté fondamentale de l’être humain.

Alors qu’est-ce qui fait que l’enfant est amené nécessairement à se poser la question du désir de l’autre ? Pourquoi un être parlant ne peut pas se contenter de ce qu’on lui demande ?

Justement parce que c’est un être humain et que le langage fait qu’il a un désir inconscient.

Lacan, dans le séminaire sur l’angoisse, rapporte des expériences de Piaget, qui faisait un test de compréhension à des enfants sur le fonctionnement d’un robinet. Lacan remarque que jamais Piaget n’explique à ces enfants ce qui le motive lui dans sa recherche. Il les réduit au statut d’instrument de sa recherche. En commentant, Lacan a cette très belle réflexion : il parle de la « profonde méchanceté pédagogue ».

Est-ce qu’on peut pareillement parler de la profonde méchanceté des parents ?
Pas nécessairement, mais de profonde ignorance, oui. Et qui sera toujours vécue comme traumatique pour l’enfant.

Cela me fait penser à une de mes filles. Elle faisait des mathématiques quand elle était très petite, elle m’avait fait part de quelques difficultés et j’ai voulu lui montrer quelques trucs, à propos du calcul. J’ai voulu faire le pédagogue malin, et elle a répondu « ah non, pas toi ! »

C’est que la fonction père et la fonction pédagogue, ce n’est pas la même. Je l’ai donc laissée tranquille, quand elle avait des problèmes de compréhension plus tard, j’attendais qu’elle viennent.

Ce n’est pas plus mal si inconsciemment le parent ne sait pas ce qu’il désire ou qu’il sache ce qu’il veut et sache faire au mieux pour l’obtenir.

Le parent peut ne pas savoir ce qu’il veut, ou vouloir des choses contradictoires sans s’en rendre compte.

Il veut un enfant modèle mais en le même temps qui se rebelle et ait du caractère.

Cela me fait penser à quand on dit qu’un enfant à des problèmes à l’école et à certains pères qui disent avec fierté : « moi aussi, j’étais comme ça et je m’en suis sorti ! »

C’est le paradigme, le fait d’exiger « sois libre ». Vous connaissez l’exemple des cravates pour rendre son enfant fou ? On peut la refaire aussi avec deux tee-shirts. Vous achetez 2 tee-shirts à votre enfant, le jour où votre enfant en met un, vous dites d’un air peinée, « je savais bien que tu n’aimais pas l’autre »…

Un autre souvenir que je raconte souvent, c’est quelqu’un que je connais qui a construit sa vie sur le fait de réussir en ayant raté ses études. Il avait désespéré sa famille et il aimait leur montrer qu’il réussissait quand même. J’ai entendu ce même homme expliquer à son fils qu’il fallait bien travailler à l’école pour réussir sa vie. J’étais surpris et le fils regardait son père comme un extraterrestre. Il ne comprenait rien et évidemment, il n’a pas travaillé à l’école.

On sait que l’éducation ne va pas sans une certaine violence. Freud a beaucoup parlé de la peur de perdre l’amour de l’autre, qui est un moyen universel utilisé par tous. Je ne parle pas en plus des violences physiques ou affectives.

Mais la peur ne suffit pas. Si un enfant est prisonnier de la peur, il n’aura qu’une envie, de s’évader.

Quand on est parent alors comment obtenir qu’un enfant consente à faire ce que l’on veut ?

La réponse est extrêmement simple. Je suis toujours surpris que certains parents aient tant de difficulté. Car il y a un seul secret, une seule recette, c’est leur faire confiance.

Si on fait confiance à quelqu’un, à son enfant, il va tester les limites de cette confiance.

Beaucoup de parents font semblant de faire confiance et continuent de surveiller leurs enfants en cachette. C’est évidemment dévastateur.

On est quand même là plutôt du côté de l’angoisse des parents.

Alors vous allez me dire : « comment lui faire confiance, être sûr qu’il ne se drogue pas ? »

Il y a même des parents qui disent « je voudrais qu’il ne lui arrive rien », vous vous rendez compte de ce que cela veut dire. RIEN.

Là aussi, la seule réponse possible, par exemple pour la drogue, c’est de leur faire confiance. Et que s’ils font une bêtise, c’est une chose grave, mais ils peuvent venir en parler.
De toute façon, avec la liberté des enfants aujourd’hui, on ne peut pas empêcher grand chose.

La drogue se vend sur le trottoir devant l’école à partir de 11-12 ans.
Il faut faire confiance.

Vous savez qu’ils vont essayer et d’ailleurs s’ils n’essaient pas, c’est un manque de curiosité inquiétant, non ?

Et puis ils ne vous le diront pas, c’est comme ça.

Maintenant que mes enfants sont très adultes, c’est maintenant qu’ils me racontent et heureusement que je ne savais pas, ils m’ont ménagé, protégé.

Pourquoi est-ce si difficile pour certains parents de lâcher leur enfant ? Bien sûr, il peut arriver des choses mais quand on ne les lâche pas, c’est pire.

Quand je vous parlais de pédagogie. C’est comme quand on joue à la balle avec un chien. Si on tire la balle, le chien tire. Si on regarde ailleurs, il pose la balle.

Aucun enfant ne veut trahir la confiance qu’on lui donne.

Freud en parle beaucoup. On se dit toujours comment protéger les enfants, mais en fait ce sont les enfants qui protègent les parents, qui ont besoin que les parents tiennent le coup.

C’est pour ça qu’ils croient que les parents ont la réponse à leur question, jusqu’à l’adolescence.

Et donc contrairement à un mauvaise usage de la psychanalyse, je ne suis pas de ceux qui croient qu’il faut parler aux enfants et obtenir leur consentement. Ça c’est se justifier, c’est le pire.

L’enfant supporte mal l’adulte qui veut se justifier.

Un parent qui a donné une claque à son enfant, ça peut meurtrir, blesser l’enfant, mais si le parent demande ensuite pardon, là, ça fait mal. Car ça le met en position de décider, de donner, c’est lui qui va donner la castration, comme disait Dolto.

Alors qu’il faut qu’il sente que c’est comme ça, parce que c’est comme ça. Et si tu continues à m’embêter, tu auras une claque.

Ça, c’est très rassurant. C’est un appui, un socle.

Comme disait Dolto, la castration se donne aussi en analyse.

Le fait d’être bête, un peu borné en tant que psy. Ce sont des choses qu’on ne discute pas. Ça a l’air méchant mais l’effet obtenu est le contraire, les gens sont soulagés.

Dolto disait : « Les gens vous remercient toujours quand vous donnez la castration »

Or il y a des choses qui ne relèvent pas de la décision de l’enfant. La question est où est la limite entre ce qui est important, l’heure du coucher, manger ou pas manger, etc… Certains disent qu’il faut que les enfants soient libres, d’autres disent qu’il faut un cadre.

La limite en fait, c’est ce que supportent les parents, et les enfants le savent très bien.

Plus la limite est stable, plus ils sont rassurés.

Là aussi, je plaide contre la parole à l’enfant partout, cette idéologie de la vérité qui en plus est impossible à dire, c’est le pire.
Comme quand les juges ont des cours de psycho-psychanalyse, avec des cours sur la fonction paternelle et du coup ils décident que le père qui bat, qui ne veut pas s’occuper des enfants et n’incarne aucune limite car il ne veut pas, et bien les juges les obligent à faire les pères, au nom du respect de l’enfant qui est sujet

C’est d’une stupidité monumentale !

Comme quand on demande à l’enfant s’il veut vivre avec papa ou maman, et de choisir ?

C’est plus que de la méchanceté, c’est du sadisme et de la connerie !

Alors on évite d’angoisser les enfants en leur disant qu’il y a des choses qui ne sont pas leurs affaires.

Leurs affaires, c’est de mener leur vie, donc il faut parler aux enfant mais pas trop.

Accepter une part d’inexplicable, d’injustifiable. Et si on demande : qu’est-ce que c’est la métaphore du nom du père pour Lacan et bien c’est assumer la part injustifiable !

Et c’est la sécurisation mais avec des limites comme la sexualité.

Aucun parent ne peut aider un enfant à trouver sa propre façon de faire avec le sexe

Avec le sexe, chacun est seul et se débrouille comme il peut, c’est-à-dire mal en général.

Donc la meilleure façon de parler sans angoisser l’enfant c’est de lui faire confiance, de le laisser tranquille, de lui répondre sans douter quand il demande quelque chose, mais répondre uniquement s’il le demande.

Cela me rappelle cette histoire d’un couple qui avait voulu faire une sorte d’éducation sexuelle avec des livres expliquant toute la tuyauterie à leur fille. Après avoir tout expliqué, ils lui ont demandé : As-tu bien compris ? Elle a répondu : oui, j’ai tout compris mais j’ai une question. Comment fait la cigogne pour amener le bébé quand il n’y a pas de cheminée ?

Ce qui fait qu’un enfant ne trahit pas la confiance, c’est parce qu’il est animé du désir de venir grand, d’avoir un accès libre et autorisé à la sexualité.

Ils pensent que ses parents sont sexuellement libres. C’est ce malentendu qui fait que les enfants acceptent d’aller à l’école et de travailler. On comprend qu’ils se mettent en colère à la puberté, quand ils découvrent qu’il n’y a aucune liberté.

Je vais reprendre l’exemple de cet homme un peu voyou qui avait raté ses études mais malgré tout réussi. C’était ce côté voyou qui avait en plus plu à la mère de leur fils.

On voit ici l’écart entre les idéaux affichés et factices et le piment de la vie. C’est ça que l’enfant voulait avoir, le piment ! Cela montre aussi l’importance des idéaux des parents.

Je vais reprendre un exemple personnel et familial.

Il se trouve que pour des raisons de lieu d’habitation, mes enfants ont été scolarisés dans une école expérimentale publique un peu héritière de 1968. C’était une école presque gérée par les enfants et on s’est aperçu que cette école fonctionnait très bien pour les enfants de la classe aisée mais était un désastre pour les enfants issus des classes populaires.

Pourquoi?

Parce que dans la classe aisée, le travail est un plaisir, le loisir, c’est la culture. Dans les classes populaires, le travail est une contrainte et le loisir, c’est le repos.

Et quand des enfants font ce qu’ils veulent, ils font ce qu’on leur a appris à faire.

Alors quand des parents décident d’amener leur enfant à un tiers, un psy, il y a déjà un pas de fait. Ils admettent que quelque chose leur échappe.

Mais il se trouve qu’il y a des enfants qui, quand on les laisse tranquilles, ne viennent pas vers nous, ne veulent pas devenir des grands, ne veulent rien. C’est ce qu’on appelle l’autisme et c’est une situation extrême.

On touche du doigt le fait que s’adresser à eux les affole, les déchaîne. Pas parce qu’ils ne comprennent pas, ils comprennent. Mais ils ne comprennent pas pourquoi on s’adresse à eux, ils comprennent ce qu’on dit mais pas ce qu’on leur veut. C’est ça qui les rend fous.

Cela peut aller loin car ils n’ont parfois aucun cadre imaginaire et parfois des troubles de l’espace et du temps qui ne sont pas structurés pour lui.

Un oiseau devant la fenêtre, un bruit peut leur faire le même effet que parler.

Le spectre autistique couvre d’ailleurs toutes les façons de ne pas pouvoir répondre à la sollicitation de l’autre.

Vous avez des enfants qui se bouchent les oreilles, qui se tapent la tête contre les murs, qui s’enfuient… Et qui peuvent même se mutiler très gravement pour fuir l’interpellation persécutrice de l’autre.

Alors vous avez par exemple l’Asperger, qui est très à la mode. Il y a eu le film Rayman bien sûr, mais aussi Enigma , qui raconte comment Alan Turing a craqué le codage des Allemands. Il s’est ensuite suicidé en mangeant une pomme, ce qui a donné la pomme d’Apple, Steeve Jobs a fini par l’avouer.

Bref : quel est le point commun entre les enfants autistes qui peuvent être profondément abîmés, et des gens qui peuvent être très très normaux en apparence mais qui ont le syndrome d’Asperger ? Ce n’est pas le même tableau !

Mais sur le plan de la relation à l’autre, c’est la même chose : ils ne comprennent pas ce qui se passe dans la tête de l’autre.

Dans ma consultation privée, j’ai reçu une femme Asperger qui souffrait parce qu’elle ne comprenait pas les autres. Elle avait un travail avec de très grosses responsabilités, mais elle ne comprenait pas les autres.

C’est pour ça, quand vous avez des enfants très doués en maths, c’est parce qu’en faisant des mathématiques, on ne peut pas les interroger sur leur désir.

Il n’y a pas cette question : est-ce qu’il nous veut du bien ou du mal ?

Vous connaissez tous l’histoire drôle de Freud sur Cracovie ou non ?

NDLR deux juifs se rencontrent dans le wagon de chemin de fer d’une gare de Galicie. « Où vas-tu ? », demande l’un. Réponse : « A Cracovie. – Vois quel menteur du fais », s’emporte l’autre. « Si tu dis que tu vas à Cracovie, tu veux donc que je croie que tu vas à Lemberg. Mais je sais maintenant que tu vas réellement à Cracovie. Alors pourquoi mens-tu ? »

Et bien cette blague, un Asperger ne peut pas la comprendre.

C’est une question clinique passionnante.
Comment une même structure peut donner des tableaux si différents ? Entre l’enfant qui se mutile et le génie ?

La suite, demain… ! »

PS : le lendemain, Marc Strauss a finalement décidé de ne pas terminer sa conférence mais de plutôt distiller son dire en commentant 4 vignettes cliniques. Nous réfléchissons encore à la manière dont nous pourrions éventuellement rapporter ce qui a été dit.