Sac à qui ? Sac à quoi ?

Elle traverse le parc
D’un pas décidé
Jusqu’à nous
Elle a environ 5 ans
Et demande

«De quién es esta bolsa  ? Y esta mochila  ? Y esta  ? Y esta  ?  »

Insistante
Le regard fixé
Elle veut savoir
Quel sac est à qui  ?
Quel est celui de la maman  ?
Quel est celui des enfants  ?
Quel est celui de personne  ?
Pourquoi il y en a autant  ?
Qui a-t-il dedans  ?
Et puis, qui sont les enfants d’abord  ?

Notre réponse est calme
Détachée
Un peu clinique
Et absente
Car elle nous surprend
Dans son insistance furieuse
D’ailleurs, elle continue
Elle nous (pour)suit dans le parc
Pendant la distribution des sacs
Et insiste
«Et celui-là, il est à qui  ? Et celui-là, à qui  ?»
Etc etc

Sur le moment
Nous classons l’événement comme
Un simple jeu étrange d’enfant
Une lubie peut-être
Mais ensuite
En y repensant
Nous nous demandons
Si ce court instant
N’avait pas plutôt mis en exergue
La question du «je» d’un enfant

Car cette obsession pour les sacs
Et leur appartenance
Nous a renvoyée soudainement
A cette phrase
De Michel Allègre

«  Le parlêtre se présente comme une sorte de sac empli avec un ordre très relatif de divers objets parmi lesquels il puise ce dont il pense avoir besoin pour faire face à l’hétérogénéité du monde phénoménal  »

Si le parlêtre est un sac
Quel était donc
La véritable question
De ce petit sujet têtu  ?
Cette petite fille
N’était-elle pas en fait
En train d’essayer de comprendre
Qui est qui  ?
Quels objets nous tiennent
A nous, les autres
A nous, les gens
Un peu comme si son manège
Attestait d’une sorte de
«  Dis-moi ce qu’il y a dans ton sac de parlêtre
Et je saurai qui tu es  »  ?

Le sac, enveloppant
Est toujours diseur de quelques choses…
Sans tomber dans la psychologisation des objets
Ce sont en fait
Les sans-abris et psychotiques
Qui nous l’ont dit
Eux qui accumulent les sacs plastiques
Les conservent, les collectionnent
Comme s’il y avait un sens
A garder cette enveloppe
Ce contenant
Ne pas laisser s’échapper
Le sac de soi

Et pourtant
Nous sommes étonnées
De ne pas trouver trace de quelques lignes
De Freud sur les sacs
Dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne
Quant à Lacan
Il y a cette idée d’un corps sac
D’un sac vide
D’un sac de nœuds aussi
Mais rien qui nous aiguille
Sur le sac à qui  ? Sac à quoi  ? insistant d’une enfant

C’est dans un livre consacré à Dolto
De Jean-François de Sauverzac, psychanalyste et philosophe
Que nous trouvons une piste de réponse
Lui s’interroge sur cette idée  :

«Quelle parole vient effectuer la fermeture du corps de l’enfant sur lui-même, du sac de peau, et sa séparation d’avec la mère  ?»

Et justement
N’y avait-il pas quelque chose de cet ordre-là
Dans les questions incessantes de cette enfant
A la recherche donc d’une mère
Ou d’une analyste
Capable de lui signifier
La fermeture du corps, du sac

La séparation donc
L’existence
D’un mur entre elle et l’Autre
Comme si sa demande
Était inconsciemment

«Dis-moi ce qui est séparable…
Dis-moi qu’il y a la mère d’un côté
Et de l’autre les enfants
Dis-moi que tout n’est pas à tout le monde
Que chacun a sa peau»

97753

Illustration Maternité, Eugène Carrière

Kids ou pas kids ?

Elle nous dit que c’est tellement beau
D’avoir une myriade d’enfants
Qu’elle, elle est issue d’une famille de 4
Et qu’en l’occurrence
Elle était la seule fille
Ainsi que la petite dernière
« J’étais la chica », glisse-t-elle
Toute émue et joyeuse
A l’évocation
De ce qu’elle nomme «  sa bande  »
Ses trois plus grands frères

Elle a, on dirait,
37 ou 38 ans
Peut-être 40 déjà ?
Elle est très jolie en tout cas
Cette Andalouse
Et c’est à ce moment-là que notre inconscient,
Nous pousse
A lui demander
Si elle en a, des kids ?
« Que no, que no », répond-elle
Visiblement émue
Secouée
Attristée
Déconcertée
Pas de kids donc
Pour la chica devenue grande…

Quelques semaines plus tard
Sans connaître
Le pourquoi de ce «  pas d’enfants  »
Nous repensons à cette femme
Peut-être parce qu’il nous a semblé que
Cette jolie Andalouse
Disait quelque chose
De la clinique de today
Car la question
Kids ou pas kids ?
Est plus que jamais d’actualité

Certes, on fait toujours des enfants
Mais souvent ils arrivent
Plus tard
Et moins nombreux
Est-ce lié
Au contrôle des naissances ?
Est-ce la faute
A l’emploi, aux études ?
Ou la simple faute à pas de chance ?
Et d’ailleurs
A-t-on besoin d’avoir des enfants
Pour se réaliser
En tant que femme  ?

Freud était plutôt dans une optique
De la transformation en mère
Comme but et évolution positive d’une femme
Mais cette vision était of course
Liée aux carcans de son époque

Aujourd’hui
Beaucoup plus de femmes
S’affranchissent
Du désir de maternité
Et après tout
Pourquoi pas  ?
Comme le rappelle Colette Soler
Dans «  Ce que Lacan disait des femmes  »

«  entre la mère et la femme, il y a un hiatus, d’ailleurs bien sensible dans l’expérience. L’enfant phallique est susceptible parfois de tamponner, de faire taire l’exigence féminine, comme on le voit dans les cas où telle maternité modifie radicalement la position érotique de la mère. Mais pour l’essentiel, le don d’un enfant ne permet que rarement de clore la question du désir.  »

Ainsi
L’enfant ne viendra donc jamais
Colmater totalement
La question que pose toute femme
Ainsi que son désir
Une femme peut donc parfaitement
Ne pas désirer d’enfant

De la même façon
La mère ne répondra jamais totalement
Au désir de l’enfant
Car
«dans la mesure où elle est femme, une mère n’est pas toute à son enfant»
Note encore Colette Soler

Cette dernière
Constate également dans son livre
Qu’il y a une évolution
De la clinique
De la maternité
Et elle affirme
Recevoir par exemple
De plus en plus souvent
«Non pas une femme de trente ans, mais plutôt une qui approche des quarante, célibataire, qui en général travaille, qui jouit de la libre disposition de son intimité, et qui commence à s’apercevoir que le temps passe et que si elle veut avoir un enfant, il lui faut se presser de rencontre un homme digne d’être père, à moins que son choix de soit d’avoir un enfant seule»
Colette Soler parle alors de «  femmes en charge de père  »
Car ces femmes seraient selon elle
Dans ce type de questionnements :

«  Je cherche un père, mais je ne supporte pas de vivre avec un homme ; je cherche un père, mais ceux que je rencontre ne veulent pas d’enfants ; je cherche un père, mais n’en rencontre pas ; je l’aime mais je ne le vois pas en père ; sans oublier : j’ai tout de suite pensé que ce serait un bon père  »

De notre côté
Nous voudrions apporter
Un autre ressenti
Apparu à l’écoute de cette Andalouse
A savoir qu’il y aurait aussi
Quelque chose
Chez la femme actuelle
Qui ferait que
Dans son développement psychique
Ses équilibres de vie
Elle serait tout bonnement
Coupée de ce désir
Comme si elle avait une nouvelle fragilité
Une difficulté
Voire une impossibilité
A assumer ce désir
Sans pour autant en être libérée…

Ainsi
La question serait de savoir
Si les femmes d’aujourd’hui
Ont encore la «  névrose  » nécessaire
Au support
Du désir de maternité  ?
Un désir ambivalent et violent
Qui exige qu’on paie un prix
Tout se passe comme si
Les nouvelles structures psychiques
N’avaient pas toujours
La place pour l’arrivée de cet Autre
Comme si cette chica andalouse
Qui avait adoré être une enfant
Butait adulte sur un manque, un trou
Qu’aucun enfant ne comblera
Car le désir de maternité
Aurait quelque chose
D’insoutenable

Car après tout,
Dire que le père idéal
N’est pas trouvé ou trouvable
N’est-ce pas au fond une dénégation
De l’impossibilité
A rencontrer la mère qu’il pourrait y avoir
Un jour en soi  ?

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Illustration Portrait de la mère de l’artiste de James Abbott McNeill Whistler

Portrait craché

A quel âge votre mère a été ménopausée ?
Avez-vous des diabétiques dans la famille ?
Des cancers ?
Des suicides  ?
Votre père est-il toujours en vie ?
De quoi est-il mort ?
Alors ça, ça compte
Ça, ça ne compte pas
Vous devriez contrôler ça, par contre
Car ce sera pareil pour vous,
Vous savez
Parce que génétiquement parlant…

Dans quelle mesure
Le sujet statistique
Peut-il s’extraire
De l’écrasante genèse
Familiale
Alors que
La science ne cesse de lui répéter
Que son corps
Appartient au fond
4 ever
A ses proches ?

Parce que d’un point de vue
Génétique
Et statistique
C’est en effet prouvé
Vous avez plus de «chance»
De développer
Les mêmes pathologies
Que celles parentales
Et il est d’ailleurs intéressant
De mettre en lumière ce point
Alors qu’en psychanalyse aussi
Il y a également
De la répétition
Des symptômes et/ou structures
Des parents
Une répétition symptomatique
Que nous qualifierons de fantomatique
Dans la mesure où l’on sent parfois
Le fantôme de l’autre
Inscrit derrière…

Et pour le body, corpo, cuerpo
Ce serait donc encore pire !
Tous condamnés par la science
A devenir les portraits crachés
Des aïeux
Aïe aïe aïe
Ça fait mal, non  ?

Et si la psychanalyse permettait
A contrario
A un sujet
D’avancer à contre-courant
De ces prédictions de la science ?
Question qui nous a traversé l’esprit ces derniers jours
En réfléchissant à la notion
D’invention
Inventer
Grâce à la cure
Car après tout
Même la science statistique
Ce n’est jamais du 100%

Seriez-vous capable d’inventer autre chose
Une autre maladie déjà ?
Un autre symptôme  ?
Ou encore mieux, pas de maladie ?
Comme si les gènes
N’étaient plus une gêne
Ne pas être gèné donc
Être sans gène
Juste vous, l’inventeur de votre vie…  ?

Cette proposition
Qui peut être
Un horizon de fin de cure
Semble bizarrement rarement évoquée
Clairement
Dans le jargon psy

« Le terme d’invention n’est pratiquement pas utilisé par Freud pour qui la psychanalyse relève essentiellement d’une découverte », souligne Luis Izcovich
Dans un article
Consacré à la notion d’invention en psychanalyse

Dans ce texte,
Il explique comment Freud
Tel un chercheur d’or
Préférait le mot découvrir
Car il s’agissait pour lui avant tout
De mettre à jour
Quelque chose qui existait déjà
Lacan serait celui qui a amené
Cette idée d’inventivité
De création
Ne serait-ce que pour l’analyste
Qui doit «inventer le savoir»

«Naturellement ce savoir n’est pas du tout cuit. Car il faut l’inventer»
Lance-t-il dans sa Note italienne
Une position dont s’est toujours soutenue Klein
Et que nous avons déjà rencontrée
Chez d’autres analystes inventeurs…

Inventer en tant que psy
Pour encore une fois
S’extraire de l’héritage analytique
Et ne pas se cantonner à être
L’énième fils ou fille à papa
De Freud et Lacan

Mais le sujet alors
L’analysant
Que lui dire sur ce point
Sur le fait de savoir
Inventer grâce à sa cure  ?

Dans Boiter n’est pas pécher
Lucien Israël
– Qui, à sa façon, a souvent inventé
Avance cette pirouette
Sur le fantasme
Qui s’avère
Éclairante pour tous ceux qui voudraient
En finir avec le mythe
Du portrait craché

«Le fantasme, dans lequel le sujet est incarcéré, engoncé, enfoncé, emmuré, le fantasme nous sert de crible pour découper, dans la réalité du monde, les constellations qui nous conviennent. Mais ce sont des constellations guidées par le crible du fantasme. (…) Mais que le fantasme soit ouvert, décapsulé, ai-de dit un jour, qu’il s’ouvre de façon que ses constituants puissent être séparés, et à ce moment nous sommes en présence d’un sujet désirant qui peut choisir un autre radicalement différent de lui sans rapport avec lui-même, un autre qui constitue l’ouverture vers une autre aventure, vers une vie nouvelle qui n’était pas prévisible, pas programmable, pas représentable, et, à la limite, qui n’était pas possible»

«une vie nouvelle qui n’était pas prévisible, pas programmable, pas représentable»
Y compris par vous et les médecins
Sortir de sa fixion donc
En coupant court avec toute fixation
Imaginez par exemple quelqu’un
Qui plutôt que de vous rappeler
Vos menaces génétiques
Vous décontenancerait
En vous demandant
L’heure de la journée que vous préférez
Votre film fétiche
Votre instrument de musique
Votre couleur
Etc etc…
Façon portrait chinois
Ou questionnaire Proust
Ne serait-ce pas aussi ça
Être analyste
Et donc
Décapsuleur…  ?

pierre-bonnard-portrait-dune-jeune-fille
Illustration Portrait d’une jeune fille, Pierre Bonnard

Un certain trouble de l’engage

Et tu lèches les barrières du parc
Tu fais tout le tour, en t’appliquant
Et puis tu verses une bouteille d’eau par terre
Vide l’eau n’importe où
Sur toi, le banc, les gens…

Et puis tu mets du sable partout
Tu remplis tout de sable
Le banc
Tes chaussures
La bouteille
La boîte à goûter d’une autre enfant
Et ta nounou ne comprend vraiment pas
Pourquoi tu t’entêtes à jouer bizarrement comme ça
Oui, pourquoi ne joues-tu pas
Avec les autres  ?
Et ne fais pas
Autre chose que
Lécher
Verser
Remplir
Et verser encore  ?

Et du coin de l’œil parfois pourtant
Tu nous regardes
Nous
L’analyste
Œdipe aux yeux brûlés…

Et que peut-on faire là, dans un parc
A part t’observer de façon flottante
Et savoir que tu cherches
A incorporer les choses
Le monde
La vie, son sens
Les limites
Les barrières
Qui est vide de sens  ?
Toi, ton corps
Ou la vie  ?
Et ta langue fait le tour de quoi  ?
Le tour du parc
Ou le tour du monde, de ton monde  ?

Il faudrait te demander un jour
De nous dessiner quelque chose
Qui ne serait pas un mouton
Mais voudrais-tu vraiment
Te saisir de ce feutre
Ou préférerais-tu lécher la feuille
Pour faire une aquarelle  ?

Tu sais
Les Autres enfants
Mettent
Un espace ou des mots
Entre eux et la Chose
Alors ils aiment nous dessiner des bonhommes
Et raconter leurs histoires
Mais quel est ton histoire à toi  ?
Toi qui parles
Vas à l’école
N’as plus de couche
Manges normalement
Regardes dans les yeux

Et pourtant ce flottement qui revient
Devant le visage las de ta mère
Ton épouvante indifférence
Quand tu regardes ton petit frère dans sa poussette
Ton absence aussi
Quand tu chantonnes tout seul en jouant

Que deviendra cette étrangeté
Si personne ne la voit
Ou plutôt
Si aucun analyste ne l’écoute  ?
Car c’est peut-être cette question
Que tu nous envoies d’un regard
Plutôt qu’avec ta langue

Si personne ne voit ça
Que fait-on  ?

«Il y a, chez l’analyste, un transfert spécifique car il a foi dans l’être humain son interlocuteur, être unique en son genre, sujet de la fonction symbolique, sujet inconscient de l’histoire qui est la sienne, sujet désirant se signifier, sujet appelant réponse à sa question»
Disait Dolto dans Le Cas Dominique

Sauf que ça, c’était en 1971
Et toi maintenant
Tu grandis
Dans DSMland, mon enfant…

«Dans l’autisme, il n’y a pas de construction narcissique qui donne un minimum de sens à l’existence et à la jouissance»
«Il n’y a pas d’histoire, l’Autre pulvérise le sujet»
Avançait Marc Strauss l’autre jour à Madrid

Vrai  ? Faux  ?
De toute façon, toi, tu n’es pas vraiment autiste
Pas vraiment pulvérisé
Non, tu es juste «troublé»
Tout comme des dizaines de petits camarades
Qui mordent, tapent
Et dorment chaque nuit
Dans le lit de leurs parents
Oubliant certainement
Cette idée
Que «Le corps se fait le lit de l’Autre»

«Il faut poser que, fait d’un animal en proie au langage, le désir de l’homme est le désir de l’Autre»
Expliquait Lacan encore

Mais cet Autre a tellement changé, évolué
Que la clinique 2.0
Est floue
Et surtout de plus en plus réduite
Grignotée par le scientisme
Écrasée par le dogme y compris psy
Fustigée par la haine
Pratiquée par des idiots  ? – c’est une question…

Qu’il semble loin le temps
Où Freud détaillait  :
«L’hystérie est l’image distordue d’une création artistique, une névrose de contrainte l’image distordue d’une religion, un délire paranoïaque l’image distordue d’un système philosophique»

Et today  ?
Quid de l’enfant lécheur de barrières  ?
Devrions-nous tenter de traquer la perte de réalité
Qu’il abrite  ?
Ou le laisser faire le tour
Du pas de sens de sa langue  ?

«Cette position esthétique relève d’une éthique du dire dont la psychanalyse est le creuset puisqu’elle relève non d’une interprétation d’un sens mais du pas de sens qui disjoint la convention», écrit Michel Allègre

Éthique du dire donc
Éthique du pas de sens
Avec à l’horizon le beau
Qui «a pour effet de suspendre, d’abaisser, de désarmer, dirai-je, le désir»
Lacan again
Mais si personne ne voit ça
Que fait-on  ?

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Illustration Cy Twombly, Delian Ode

Des oreilles pour les murs

« Contribuciones del psicoánalisis a la práctica clinica del TDAH y TEA »

Des oreilles pour les murs

Et si être psy à l’ère DSM, ce n’était pas contribuer à la folie du diagnostic sériel, mais faire du cabinet un asile dans le bon sens du terme. Pas un endroit pour les fous, non. De toute façon, «le psychotique est normal dans sa psychose», dit Lacan. Mais un lieu inviolable où cet enfant de 3 ans qui lèche les barrières encerclant un parc madrilène ne gagnera pas son étiquette made in DSMland. Car l’analyse ne s’intéresse pas à la norme mais «à comment le sujet s’organise autour de son désir», note Patrick Landman. Alors il s’agira de désérialiser «le sujet statistique» décrit par Michel Allègre, de lui redonner de l’inconscient peut-être. De faire ce pas de côté qui fâche, à l’heure où le scientisme domine et où l’autisme, notion pourtant créée par la psychanalyse, est le symbole des anti-divans. «D’un point de vue marxiste, le mot autisme est devenu une marchandise», écrit Paul Alerini. Imaginez alors un endroit où l’on pourrait lécher les murs et tomber sur une oreille…

Texte écrit en français en réponse à cet appel à participation espagnol…
Pas envoyé par contre car quelque part hors sujet…

El 25 de mayo tendrán lugar en la ciudad de Vigo las XIX Jornadas de Colegios Clínicos del conjunto de las Formaciones Clínicas del Campo Lacaniano –F9.

Por la mañana el tema tratará sobre Entrar en análisis, y por la tarde habrá una mesa redonda acerca de : Contribuciones del psicoanálisis a la práctica clínica del TDAH y TEA.

Pueden presentar propuestas de trabajo tanto los participantes en la enseñanza como los alumnos matriculados en el Colegio de psicoanálisis. Para quienes deseen presentar propuesta de intervención en la mesa redonda, pedimos que se circunscriba a un aspecto de la intervención o del tratamiento de estos dos “diagnósticos” de actualidad.

Los interesados deben enviar sus propuestas de ponencia (título y un máximo de 10 líneas sobre el tema a exponer) a la comisión científica de las Jornadas. La fecha límite de la recepción de propuestas es el 1 de abril.

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Illustration Doria Garcia, Jacques Lacan Wallpaper

Médée vous vraiment ?

Médée
(nom dans lequel nous proposons hoy d’entendre m’aidez)
A d’abord trahi son père et tué son frère
Pour aider son amant
Cependant, répudiée par la suite par ce dernier
Elle tuera ses propres enfants
Pour se venger…

L’aidante Médée
Se révéla donc être avant tout
Tueuse
Tueuse sans regret
Sans limite

D’où cette question
M’aidez-vous vraiment
Ou alors êtes vous en train de Médée  ?
C’est-à-dire de m’aider
Pour ensuite mieux me posséder
Ou du moins considérer
Que je vous appartiens, que je vous suis liée ?

Étonnamment
Toute cette réflexion nous a traversé l’esprit
Suite à la question très tranchée
D’une analyste
Sur la faiblesse que pouvait avoir
Une hystérique

Après hésitations et silence
La mort nous était apparue
Comme le point faible de l’hystérique
Oui, la mort
Comme une impasse pour ce type de sujet
Comme nous l’avions d’ailleurs déjà écrit
Un jour ici

C’est-à-dire que ce type de sujet
Ne sait absolument pas quoi faire de la mort
A part la donner  ?
C’est Médée qui revient ici
Avec cet éclairage qu’elle apporte
Sur l’aidante qui causera la perte
Qui peut, of course, être aussi symbolique
Et en passant
N’est-ce pas cette place que peut potentiellement
Occuper toute mère pour l’enfant  ?

«L’amour concentré sur un objet nous offre lui-même une autre polarité de ce genre : amour proprement dit (tendresse) et haine (agression)»,
Expose Freud dans Au-delà du principe de plaisir

Ce qu’il révèle là
C’est que la haine
Est toujours là quand il y a de l’amour
Et ceci est valable
Pour tous
Y compris pour toute mère
Si aimante soit-elle…

«la mère hait son petit enfant dès le début… », a ainsi lancé Winnicott

La vie de Médée incarnerait-elle alors
Ce versant de haine maternelle  ?
Ou bien représenterait-elle en prime
Ce dont est capable une hystérique au narcissisme blessé  ?
Car ce que l’hystérique refuse
Plus que la mort
C’est
La mort de quelque chose
Et donc la castration

«Ce que l’hystérie, dit-on, refoule mais qu’en réalité elle promeut, c’est ce point à l’infini de la jouissance comme absolu»
A souligné Lacan dans le Séminaire 16

L’infini de la jouissance
Revendiqué par Médée
Qui veut faire disparaître
Tout ce qui prouve
Que la jouissance n’est pas infinie
Et que la castration existe donc…

Pouvez-vous m’aider plutôt que Médée  ?
Jenny Aubry affirme elle
Que le sujet
Doit finalement
Tuer la mère
Pour s’aider

“Quelle mère faut-il tuer ? C’est une mère imaginaire, celle qui apparaissait à l’enfant comme toute-puissante, dispensatrice de tous les biens, celle qui pouvait donner à l’enfant le bien-être, la vie, la santé, et qu’il fallait séduire en réalisant tous ses désirs pour survivre”.

“C’est seulement lorsqu’il aura en quelque sorte tué symboliquement par la parole cette mère et cet enfant imaginaire, qu’il pourra, au lieu de « régler des comptes », accéder à son désir propre et retrouver sa mère réelle, celle que son histoire a structurée et formée. Celle qui n’est ni toute-puissante ni parfaite…”

Mais êtes-vous
Vraiment prêt
A tuer Médée ?

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Illustration Maria Callas dans Médée de Pier Paolo Pasolini

Boucle d’or

Qu’est-ce que cela signifie
Faire une nouvelle tranche de cure  ?
Comment l’analyste se positionne-t-il
Dans ce type d’écoute  ?
Est-ce la même chose  ?
Est-ce nouveau  ?
Est-ce nécessaire aussi
D’un jour retourner voir
Un autre psy  ?

Freud est connu pour avoir recommandé
Aux analystes
De refaire une cure tous les cinq ans
Pourquoi 5 ans  ?
Et pourquoi pas  ?

Certains disent plutôt
Qu’il est nécessaire de retourner sur le divan
A chaque tranche de vie
Mais qu’est-ce qu’une tranche de vie  ?
Il y a quelques années
Un analyste nous avait lui conseillé
De reprendre une tranche
Quand quelque chose
Un événement de vie
Indiquait que ça ne tournait pas rond

Tourner en rond ou pas  ?
Cette idée nous intéresse aujourd’hui
Car il nous semble justement que
Comme le dit Lacan

«L’homme tourne en rond (… ) parce que la structure, la structure de l’homme est torique»

Et cet état de fait
Serait irrésistible à toute cure
Alors pourquoi pas
Revoir un psy
Quand ça ne tourne plus rond indeed ?

Sur le site de Patrick Valas
Nous découvrons
Sa vision théorique
De ce qu’est une seconde cure
A savoir

«On ne reprend pas une cure, tranche par tranche, mais on commence une nouvelle cure qui ne peut se faire qu’à la condition de défaire ce qui a été construit précédemment avec un autre analyste bien sûr. Cela rend spécialement difficile non seulement la tâche de l’analysant mais aussi pour l’analyste le calcul de l’interprétation pour 1’effectuation de son acte»

Pour lui
Il y aurait donc cette idée
D’une destruction
Pour ensuite reconstruire
Il remet aussi en question
La notion de tranches
Qui s’empileraient

Un point de vue qu’à ce jour
Nous ne partageons pas
Puisqu’il nous semble au contraire
Que la seconde cure
Plus qu’une destruction
Doit être une continuation
De ce qui a été bâti en premier lieu
Comme un second regard
Sur les points restés aveugles…

Klein, qui avait pour habitude de proposer
Une tranche de cure avec elle
A tous ceux qui ne la comprenaient pas
– ce qui révèle jusqu’à quel point sont allées ses cures…
A par exemple très clairement
Empilé ses deux tranches de cure
Avec Ferenczi puis Abraham
Sans couper le fil de son premier divan

«Pendant mon analyse avec Ferenczi, il attira mon attention sur le don réel que j’avais de comprendre les enfants et sur l’intérêt que je leur portais et il m’encouragea, sans réserve, dans mon idée de me consacrer à l’analyse et en particulier à l’analyse des enfants»
Explique-t-elle dans son autobiographie

Ce témoignage
Atteste du fait que sa position de clinicienne
S’était donc déjà dessinée avec Ferenczi

Lacan, tout comme Freud
N’a pour sa part
Pas fait de deuxième tranche
Il s’en est tenu
A une seule cure de six ans
Avec Loew
Terminée par forçage
Et via un transfert négatif

Faut-il en conclure
Qu’il aurait mieux fait
De refaire une tranche  ?
En tout cas
Lui-même affirme
Dans le séminaire XXIV

«le fait d’avoir franchi une psychanalyse est quelque chose qui, qui ne saurait être en aucun cas ramené a l’état antérieur, sauf, bien entendu, à pratiquer une autre coupure, celle qui serait équivalente à une contre-psychanalyse, c’est bien pourquoi Freud, Freud insistait pour que, pour qu’au moins les psychanalystes refassent ce qu’on appelle couramment deux tranches, c’est-à-dire fassent une seconde fois la coupure que je désigne ici comme étant ce qui restaure le nœud borroméen dans sa forme originale»

Cela nous renvoie à cette idée
De structure fondamentalement torique
De tout sujet
Ainsi qu’à notre titre
Boucle d’or
Et si une seconde tranche était nécessaire
Pour boucler la boucle
Et renouer
Avec ses origines ?

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Illustration «El divorcio de Fantômas», de Eduardo Arroyo

L’obscure clarté

Encore une fois
C’est une simple lueur vive
Dans le regard
Ainsi qu’une légère
– Pour ne pas dire infime
Excitation dans sa voix
Qui nous a fait déceler
Contre toute attente
Une jouissance

A 40 ans
Elle était en train
De nous parler de sa maladie
Son cancer
Dont elle s’était courageusement
Débarrassé
Et pourtant
A l’évocation de ses analyses
Et du rappel de combien la maladie
Avait auparavant
Atteint un chiffre astronomique
Dans son sang
Pourquoi alors
Notre oreille avait-elle saisi
Ce jouir  ?

Souffrir de plaisir
Plaisir de souffrir
Il est étonnant
De voir
Combien la jouissance peut se larver
Là où personne ne l’attend
Et surtout pas le malade
Ou le guéri
Tout ceci atteste de l’existence
D’une
«force qui se défend par tous les moyens contre la guérison et veut absolument s’accrocher à la maladie et à la souffrance»

C’est Freud qui a parlé de ça
Dans son texte Analyse finie / Analyse infinie
Il explique :

«Il n’est pas d’impression émanant des résistances lors du travail analytique qui soit plus puissante que celle donnée par une force qui se défend contre la guérison par tous les moyens et veut absolument s’accrocher à la maladie et à la souffrance. Une partie de cette force est identifiée à un besoin de punition et localisée dans la relation du Moi au Surmoi. Si l’on considère dans son ensemble le tableau dans lequel se rassemblent les manifestations du masochisme immanent de tant de personnes, celle de la réaction thérapeutique négative, on ne pourra plus resté attaché à la croyance que le cours des événements psychiques est exclusivement dominé par l’aspiration au plaisir. Ces phénomènes sont les indices indéniables de l’existence dans la vie de l’âme d’une puissance que d’après ses buts, nous appelons pulsion d’agression ou de destruction et que nous dérivons de l’originaire pulsion de mort. »

Besoin de punition donc
Réaction thérapeutique négative aussi
Mais également pulsion de mort
Ainsi que masochisme

Ce sont ces quatre pistes
Que nous donne Freud
Pour écouter cette femme
Mais avouons que la lueur de jouissance
Comme une obscure clarté
Aperçue dans le regard de ce sujet
Nous porte surtout à réfléchir
Au masochisme

Car c’est ce jouir qui nous a
Le plus déconcertée
Un jouir que Freud
Explique de deux façons

«dans le premier cas, l’accent porte sur le sadisme renforcé du surmoi, auquel le moi se soumet  ; dans le second, au contraire, il porte sur le masochisme du moi qui réclame la punition, qu’elle vienne du surmoi ou des puissances parentales externes»

Sadisme du surmoi  ?
Ou masochisme du moi  ?
C’est la deuxième option
Qui fait écho
A notre sujet
Mais accepter cette idée
Apporte évidemment
Une question totalement inacceptable par beaucoup
A savoir  :

Et si certains malades
Réclamaient la punition
De leur surmoi
Ou des puissances parentales externes
Devenues par la suite la vie
Comme un appel inconscient au coup du sort
A la maladie
A la souffrance
Au malheur répété
A l’infini  ?

Toujours concernant le masochisme
Il est intéressant de noter que Deleuze
A oeuvré pour que Leopold von Sacher-Masoch
Ne soit plus réduit
A ses fantasmes et fétiches
Et plutôt réintroduit
Comme un grand écrivain
Et de fait
La vignette clinique que nous écrivons
Prouve bien
Qu’il n’y a pas toujours de fourrure
Ni de fouet
Dans le fantasme masochiste
Qui s’avère même potentiellement écrit
Dans toutes les économies psychiques des sujets
Puisqu’il est issu de ce quart de tour
Faisant passer de l’enfant battu regardé
A être soi-même battu
Par le Père
(voir ce texte de référence ici)

Potentiellement
Tout le monde
Pourrait demander le bâton à Papa

Mais certains sujets
Y seraient cependant plus étroitement attachés
Ou bien serait-ce
Leur pulsion de mort
Qui se déchaînerait
Contre leur gré
Mais pourquoi serait-elle alors
Si jouissive…  ?

Dans les Ecrits Techniques
Lacan rapproche
Le masochisme
De la célèbre scène du Fort/Da
Lorsque l’enfant observé par Freud
Joue avec la bobine
Et s’amuse et jouit de la faire disparaître

«Le masochisme primordial est autour de cette première négativation, et même meurtre de la chose pour tout dire»

Comme si
Dans l’écriture de la jouissance masochiste
Il y avait donc aussi
L’idée de faire disparaître l’Autre
De tuer l’Autre
Ou l’objet

Et il est vrai qu’à entendre
Cette femme
Nous avons eu l’espace d’un instant
L’impression
D’avoir en face de nous
Un être dupliqué (cf le tableau des deux soeurs)
Et d’assister à un meurtre

Meurtre de l’analyste  ?
Meurtre du sujet  ?
Meurtre du moi  ?
Une chose est sûre
A cet instant
Ce n’était pas la maladie qu’elle voulait éradiquer

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Illustration Les deux sœurs, Théodore Chassériau

Cría cuervos

Il a beau avoir 3 ans bien entamés
Et aller à l’école
Il porte encore souvent la couche
Et puis surtout
Sa mère nous raconte
« No come nada »

Il ne mange rien, donc
Juste le biberon
Quelques bonbons
Parfois des frites
Mais il refuse de passer aux aliments solides
Aussi bien à l’école
Qu’à casa

Et une psy aurait dit qu’il fallait attendre l’été
Que c’était une lubie
Que cela allait lui passer
Mais en interrogeant l’enfant
En lui lançant juste
Un « Alors, tu ne manges pas ? » un brin étonné
Ce qui nous a surpris
C’est la jouissance de son regard
Quelque chose s’était comme éclairé en lui
Comme un éclair de jouissance
Ou de génie
A s’entendre dire ça

Et alors que sa mère
D’allure très hystérique
Se lamentait
« No come nada, nada, nada »
Mais sans vraiment paniquer non plus (jouissance ?)
Il y avait quelque chose dans cette histoire
Qui semblait donc faire en tout cas
Jouir cet enfant
Le rendre fier
Et l’amuser même

D’où cette question
Qui nous a traversé l’esprit
Pourquoi ne pas manger
Pouvait autant l’exciter ?

Dans ces Trois essais sur la théorie sexuelle infantile
Freud rappelle combien
L’oralité est première dans la pulsion
Et la construction
Et précise

« Une première organisation sexuelle prégenitale est celle que nous appellerons orale ou, si vous voulez, cannibale. L’activité sexuelle, dans cette phase, n’est pas séparée de l’ingestion des aliments, la différenciation de deux courants n’apparaissant pas encore. Les deux activités ont le même objet et le but sexuel est constitué par l’incorporation de l’objet, prototype de ce qui sera plus tard l’identification appelée à jouer un rôle important dans le développement psychique»

Chez cet enfant donc
Il y aurait quelque part
Une stagnation au sein de cette première organisation
La volonté de ne jouir que de cette phase
– Et voilà pourquoi aussi peut-être il conserve la couche

Une autre phrase de Freud
Qui concerne l’oralité nous fait penser à cet enfant

« Il semble bien plutôt que l’avidité de l’enfant pour sa première nourriture soit insatiable, qu’il ne se console jamais de la perte du sein maternel », lance-t-il dans les Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse

Et donc ce serait encore cette avidité
Que cet enfant refuserait de lâcher
Il ne veut pas renoncer à sa première nourriture
Et il ne mange pas rien
Comme dit sa mère
Ni du rien, comme dirait Lacan
Mais il mange plutôt
Toujours la même chose, le biberon
Soit le sein

Il ne mange que le sein
Que le Saint aussi
Le sacré maternel
Le sacre maternel d’ailleurs
Car il y a également
De ça
Dans cette scène que nous avons observée
Comme si en faisant ça
Cela « sacrait » for ever sa mère
Qui lui donne le biberon
Et encore
Et encore
Para siempre
Et jusqu’à la mort ?

Car oui
Est-ce se laisser nourrir
Ou se laisser mourir ?

« Cría cuervos y te sacarán los ojos »
Soit « élève des corbeaux et ils te crèveront les yeux »
Sorti en 1976, le titre du film Cría cuervos
S’inspire de ce dicton
Et s’il nous revient en tête aujourd’hui
Est-ce le hasard
Ou plutôt
Parce que
Cette dialectique mère-enfant
Comporte la question
De qui regarde
Et de qui crève
Et de qui jouit donc en regardant
La mère ? L’enfant ?
Les deux ensemble ?
Peut-on nourrir celui qui finira par nous crever les yeux ?

A ce jour, nul ne sait quand finira par manger
Cet enfant
Cet été ?
Ou plus tard
Mais aucun doute sur le fait
Qu’il restera une trace
De cet échange
Comme une morsure du regard

kahlo

Illustration Viva la vida, dernière œuvre de Frida Kahlo

Ces enfants de la balle

C’est en découvrant la petite Hilda
Que cette réflexion nous a traversé l’esprit
Car Karl Abraham
A donc eu une fille, Hilda
Devenue par la suite psychanalyste
Et sur laquelle il avait écrit
Ce petit texte
«Rêveries et symptômes chez une petite fille de sept ans»

Quand l’analyste analyse ses enfants donc…
Et quand par la suite ces derniers décident eux aussi
D’embrasser la cause psy

Comment l’expliquer, comment le penser ?
Comment ne pas imaginer aussi
Que ses enfants finissent par produire
Le symptôme pour papa ou maman
Ou ne sont pas en train d’essayer
De devenir l’objet a
De ce père ou de cette mère psy ?

« Elle veut savoir si je procède avec mes patients exactement comme avec elle, puis elle me dit « Ils doivent venir souvent te voir ? » (ce qui exprime apparemment le désir que je lui consacre plus de temps) », raconte Abraham

C’est plus particulièrement cette petite phrase d’Hilda
Qui nous a fait réfléchir
Car elle était le parfait écho
D’une phrase
Que nous avons
Personnellement entendue

Alors quoi ?
Les psys délaissent-ils la psyché de leurs propres enfants
Pour s’occuper de celles des autres ?
Y laissent-ils la trace fantasmatique
Qu’ils sont en train de régler
Des problèmes beaucoup plus importants
Que ceux dits familiers de leurs enfants ?

Historiquement
C’est en tout cas
Freud encore qui a ouvert la voie
A cette drôle de filiation dans la psychanalyse
Avec les fraises d’Anna
Qui deviendra psy

Mais il y a aussi eu Dolto
Qui a parfois parlé dans ses livres de ses enfants
Et dont la fille, médecin aujourd’hui
Est restée dans sa mouvance
«Ce n’est pas drôle tous les jours, d’être enfant de psychanalystes»
Avait d’ailleurs elle-même glissé Dolto un jour à la télé

Même scénario chez Mélanie Klein
Qui n’a pas manqué d’être inspirée
Par ses propres kids
Mais dont nous découvrons aussi que la fille
Melitta Schmideberg
A été psy, mais surtout a fini par être
Très opposée
Aux théories de sa mère

« Mercredi, Melitta a lu un papier vraiment choquant, attaquant “Mme Klein et ses partisans” personnellement et disant tout simplement que nous étions tous de mauvais analystes – indescriptible », écrit Joan Riviere dans une lettre à James Strachey

Enfin
Chez les Lacan
La transmission aussi a opéré
Judith Miller étant psy
Tandis que c’était aussi le cas de Laurence Bataille

Des enfants de psy qui deviennent des psys
Et des psys qui racontent
Les maux (secrets) de leurs propres enfants

«Cela me fait penser à une de mes filles, racontait l’autre jour à Madrid Marc Strauss. Elle faisait des mathématiques quand elle était très petite, elle m’avait fait part de quelques difficultés et j’ai voulu lui montrer quelques trucs, à propos du calcul. J’ai voulu faire le pédagogue malin, et elle a répondu « ah non, pas toi ! » C’est que la fonction père et la fonction pédagogue, ce n’est pas la même. Je l’ai donc laissée tranquille, quand elle avait des problèmes de compréhension plus tard, j’attendais qu’elle viennent »

Cette cuisine familiale
Est-elle condamnable ?
Est-elle aussi parfois néfaste pour certains kids
Comme la méthodologie éducative d’Anna
Ou ce que Klein appelait mystérieusement
« La maladie » de Mellita
Le laissent penser ?

L’analyste producteur éventuel de psys
Dans son cabinet
A-t-il la manie
De produire aussi quelques éléments chez lui ?
De ne pas savoir
Fermer le robinet de l’analyse… ?

« Ils doivent venir souvent te voir ? », dit l’enfant
Ou encore « tu les vois plus que moi »

Comme face à tout métier parental
Impliquant des enfants
L’enfant dans l’attente imagine et fantasme :
Et si Papa ou Maman
Rencontrait des enfants mieux que moi ?
Et s’ils s’intéressaient plus à eux ?

Alors l’enfant produit
Des rêves de fraises
Des histoires de singes
Une girafe pour Hans
Ce matériel
Est à la fois
Le reflet de leur psyché
Mais aussi du désir d’intéresser
Celui qui a été mordu un jour par la sorcière…
Cependant cette dualité existe aussi
Dans tout transfert

C’est à l’analyste
De savoir discerner
Qui de quoi dans ce dire
Face à la parole de son enfant
Tout en gardant en tête cette idée
Que peut-être
La psychanalyse des enfants
A finalement été créée
Par ces petits observateurs de parents psys
Qui cherchaient à capter l’attention de papa-maman

Au même titre que les bouches d’or
Ont inventé la talking cure
Les enfants de la balle
Hilda, Melitta, Anna, Erich et tant d’autres
Ne sont-ils par les véritables inventeurs
De la psychanalyse for kids ?

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Illustration Chaball au cirque