Killing Me Softly

Et c’est vrai que chaque fois
Que ta grand-mère avait prononcé ton prénom
Kilian
Et bien à chaque fois nous y avions entendu
«  Kill  »
Tuer
Et c’était d’ailleurs étrange
Cette écoute flottante
Et meurtrière
Un matin d’été
Dans un parc
En regardant vaguement jouer
Un enfant de 7-8 ans

Et puis après, c’est toi qui a parlé
Tu avais l’air très gentil
Kilian ou alors Killian  ?
Mais aussi légèrement perturbé
Ta grand-mère te le crachait
D’ailleurs
Régulièrement au visage
Entre deux cigarettes
Elle te disait d’arrêter
Et râlait parce que tu étais « mal élevé
Par rapport aux autres enfants »
Et puis d’abord
Il fallait bientôt rentrer
Pour «  faire le manger  »

Et toi Kilian
Tu grimpais dans les arbres
Et tu (nous) disais
Ceci
«Regardez, je tombe, je tombe en mille morceaux  !»

Tu allais donc mourir, Kilian
Il y avait bien cette tuerie (tu ris) dans l’air
Et cette expression «tomber en mille morceaux»
Que tu as dû répéter
Des dizaines de fois en une poignée de minutes
D’une voix étrange, un peu trop aiguë
Et presque désincarnée

Et puis après, puisque personne ne t’entendait assez
Tu as dis que tu allais maintenant
Te couper la tête
«Regardez comment je me coupe la tête», tu répétais en boucle
Tu aurais voulu aussi qu’on regarde, certainement  ?

Kilian vit en France
Il est certainement diagnostiqué
Par la science
L’apercevoir et l’entendre jouer ainsi
Nous a fait réfléchir
D’abord
Parce qu’il dégageait
Au-delà de cette étrangeté
Une profonde gentillesse
Un peu niaise et très immature
– Peut-être qu’il faudrait repenser ici
Aux enfants débiles de Mannoni…  ?

Et en même temps
Cette mise en mots
Ou mise en bouche
De son émiettement corporel
Interpellait

L’enfant qui tombait en mille morceaux des arbres
Comme s’il avait pioché une expression
Dans lalangue des grands
Pour exprimer quelque chose
Sur son corps
Le corps de Kilian
To kill or to die  ?
Le corps de Kilian émietté

Il y a quelques temps
Un analyste nous avait confié
Qu’autrefois
Il n’était pas rare de rencontrer en cure
Des enfants présentant des traits psychotiques légers
Mais que comme avant, ce n’était pas la mode
Des ostéopathes
Chargés de régler tout ce qui coince
Et bien l’analyste le réglait sans broncher
Sauf que pour toi, Kilian
Le parcours s’annonce certainement
Plus compliqué
Dans l’ère DSM
Toute issue est «médiquée» non  ?

Ce mille morceaux du corps
Appelé en clinique morcellement
Renvoie a priori
A la schizophrénie et/ou psychose
Le sujet étant porteur d’une angoisse de morcellement
Comme Schreber
Sauf qu’ici, on notera que l’enfant jouit d’annoncer
Son morcellement futur
Jeu ou je d’enfant ?

Sur ce site défendant les positions de Klein
Nous trouvons cette présentation en français
De ce que serait
La position schizo-paranoïde

«Le terme de position schizo-paranoïde fait référence à une constellation d’angoisses, de défenses et de relations d’objets internes et externes que Klein considère comme étant caractéristique des premiers mois de la vie du bébé et qui perdure à des degrés variables pendant l’enfance et l’âge adulte.»

«Une autre caractéristique de la position schizo-paranoïde correspond à une sorte différente de clivage  : la « fragmentation », dans laquelle l’objet et/ou le self sont clivés en un grand nombre de petits morceaux. L’usage persistant ou prolongé de la fragmentation et de la dispersion du self affaiblit le moi fragile et non intégré et génère de graves perturbations»

Pour Klein, il y aurait donc quelque chose
De Kilian coincé dans ce stade-là
Du côté de la constellation des angoisses
Des petits morceaux du Moi
Oui
Cet enfant serait resté inconsciemment
Fragmenté
Refusant peut-être
De renoncer à la jouissance ambivalente du bébé
Perdu dans le corps de la mère
Ou alors refusant d’affronter
De dépasser
L’angoisse que tout ceci
A généré  ?
En tout cas, il y a refus ou échec
In fine de l’assemblage du corps
Proposé – ou pas – par Maman
Ainsi que le miroir

Vivre à corps perdu
Refuser de faire corps
Ne pas avoir de corps désirant
Mais un corps qui se brise
Se balade
S’éclate entre les branches d’un arbre

Et puisqu’on parle de pulvérisation
Rappelons que pour Freud

«La spéculation théorique laisse supposer l’existence de deux pulsions fondamentales qui se cachent derrière les pulsions manifestes du moi et de l’objet : la pulsion aspirant à une unification toujours plus vaste, l’Éros, et la pulsion de destruction qui conduit à la désintégration du vivant»

Pulsion d’unification vs pulsion de destruction donc
Et si chez Kilian
C’était ce terrain de guerre
Qui était représenté  ?
Tout détruire ou tout unifier  ?

Lacan est célèbre lui pour avoir dit  :
«l’important est de saisir comment l’organisme vient à se prendre dans la dialectique du sujet»

Et en effet
Où est le corps quand Kilian affirme
Qu’il est en mille morceaux  ?

Pour l’instant
Kilian n’est pas encore perdu
Pas encore cassé

Il dit bien bonjour et au revoir à la dame
Il regarde maybe
Lentement son corps
Se détruire
Jusqu’à offrir au regard de l’Autre
Un jour
Un corps démembré
Avec sa tête coupée

«Qu’on lui coupe la tête  !», ordonne la Reine
Dans Alice au pays des Merveilles
On sait que par la suite
La petite fille va oser
Passer de l’autre
(Ou du mauvais)
Côté du miroir
Comme ce Kilian peut-être  ?

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Illustration Magritte, La Reproduction interdite

Sans bulle

Ils arrivent d’un coup
Parfois par surprise
Et par derrière
Ils disent quelque fois «Hola»
Mais pas toujours
Et parlent de tout et de rien
Commentant le plus souvent leur vie
Ou posant des questions indiscrètes

Ils saisissent aussi
Les objets des autres enfants
Prêts à partir avec
Car ils sont sans limites
Sans règles
Sans sphère intime

Ils, ce sont ces enfants d’aujourd’hui
Cette nouvelle clinique maybe
Avec donc des enfants
Qui semblent surgir de nulle part
Être sans frontière
Sans délimitation
Pas forcément autistes
Pas forcément psychotiques
Quoi que  ?
Mais en tout cas
Dans un rapport au Réel
Que nous qualifierons
D’inédit
De nouveau
De capitaliste sûrement
Car ils semblent
Dans une éternelle course
A la jouissance

Avec donc ce rapport au réel
Qui paraît
Sans filtre
Sans limite
Que ce soit de leur côté
Ou de celui des autres

Et que dire
De cet étrange corps à corps
Qu’ils imposent
Comme s’ils n’avaient jamais vraiment
Délaissé l’illusion du tout du corps maternel
Leur contact est pénétrant
Gênant
Ils relancent chez l’Autre
Le désir d’ériger une muraille
Une séparation
Tu dois pourtant
Te séparer un jour de ta mère
Mon enfant…

Question  :
Est-ce finalement cela
Le nouveau sujet statistique et moderne  ?
Et comment vont vieillir
Ces enfants sans bulle
Dont le contact brûle le Réel  ?

Notre réflexion
Nous semble d’emblée difficile à mener
Parce que notre intuition nous dit
Qu’il y a quelque chose d’inédit
Dans ces sujets…
Mais n’est-ce pas une erreur  ?
Ne fait-on pas seulement face
A une généralisation
De la psychose légère chez les enfants  ?

Rappelons que pour Freud
La psychose est un refus de la réalité
«en ceci que le moi rejette la représentation insupportable en même temps que son affect et se comporte comme si la représentation n’était jamais parvenue jusqu’au moi»

Il détaille ailleurs
«dans la névrose un fragment de la réalité est évité sur le mode de la fuite, dans la psychose il est reconstruit. Ou dans la psychose la fuite initiale est suivie d’une phase active, celle de la reconstruction; dans la névrose l’obéissance initiale est suivie, après coup, d’une tentative de fuite. Ou encore : la névrose ne dénie pas la réalité, elle veut seulement ne rien savoir d’elle ; la psychose la dénie et cherche à la remplacer»

Mais comme le souligne Lacan
«La psychose n’est pas du tout structurée de la même façon chez l’enfant et chez l’adulte»
Et de fait
Les enfants décrits ne sont pas encore
Dans le déni de la réalité

Alors que penser
De ces enfants sans bulle  ?

Dans L’enfant, sa «maladie» et les autres
Maud Mannoni note que
«Le psychotique est considéré par certains comme un malade gravement traumatisé à qui il faudrait apporter le bonheur sous la forme de ce qui lui a fait défaut. On cherche à remplacer ce qui a manqué au malade par des gratifications diverses ou même par des des dons (…) sans jamais se demander si le manque dont il s’agit fut de l’ordre d’une frustration d’objet dans le réel (créant un dommage imaginaire) ou si c’est dans l’ordre symbolique que la privation s’est introduite, provoquant chez l’enfant une rupture avec le réel»

Le psychotique comme un enfant
Qui aurait vécu
Une privation du côte du symbolique donc
Qui l’aurait amené
A être en rupture avec le réel

Mais ces nouveaux enfants
Que nous décrivons
Sont-ils véritablement en rupture  ?
Ont-ils été un jour privés symboliquement ?
Au contraire,
Ils semblent surfer sur ce Réel
En s’y noyant parfois peut-être
Est-ce déjà la conséquence
D’une réalité modifiée
Internet les jeux vidéos les tablettes
Auraient créé ce nouveau rapport
A la réalité  ?
Ou bien plutôt
Sont-ils les enfants de mères
Inconsciemment virtualisées  ?

Reste qu’il y a toujours
Quelque chose de l’ordre
Du bâton manquant dans la bouche du crocodile
Mais cette absence de bâton
Se serait comme généralisée
Et surtout
N’est plus évaluée constatée considérée
Ainsi
Sans limite
Ces enfants errent
Un peu partout dans les rues du Nouveau Monde
Leur bug sera-t-il un jour décodé  ?

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Illustration Edmond de Bellamy, from La Famille de Bellamy, portrait réalisé via l’intelligence artificielle par trois jeunes français, regroupés sous le nom OBVIOUS

Superhero

Écouter les gens pour qu’ils s’entendent

C’est cette position clinique
Qui nous est soudainement apparue
Après avoir réfléchi
A cette autre position
Différente
Mais si répandue dans la sphère psy
A savoir
Celle du Superhero

Car après tout
N’est-ce pas ce désir de sauver l’Autre
Et cette mission de sauveur
Que s’attribuent certains
Qui se cachent derrière
Certains désirs d’analystes ?

A priori
Nous avons souvent pensé
Au scientisme pervers et ignorant
Ou à l’hystérie
Voire au fantasme latent
De petite infirmière
Pour expliquer
Cette position prise par certains
Et ce bien que
Lacan
Dans l’Éthique de la psychanalyse
Rappelle que :

«Faire les choses au nom du bien, et plus encore au nom du bien de l’autre, voilà qui est bien loin de nous mettre à l’abri non seulement de la culpabilité mais de toutes sortes de catastrophes intérieures»

Faire le bien
Comme le font ces super-héros américains
Ne cessant de sauver le monde
Ne serait donc pas la véritable place
Que doit occuper l’analyste
Mais plutôt une certaine garantie
De courir à la catastrophe…

Mais pourquoi alors certains psys
Se nimbent
De cette certitude héroïque malgré tout
Et parfois
Au-delà d’une hystérie mondiale sous-jacente ?

Dans ce texte
Gisèle Chaboudez
Remarque avec justesse
Comment l’image de l’analyste
A finalement aussi été historiquement
Rapprochée de celle du héros :

«Nous connaissons tous ces héros de fiction célèbres dans l’histoire de la psychanalyse pour avoir été choisis, par Freud en ce qui concerne la Gradiva de Jensen, et par Lacan en ce qui concerne le Dupin de La Lettre volée, afin de figurer un instant l’action de l’analyste et d’en éclairer quelque chose. Curieusement l’analyste, au long des âges, en a reçu quelque auréole héroïque à son tour, sans qu’on puisse toutefois un instant penser que cela ait été le but poursuivi dans ces deux cas»

L’analyste aurait donc fini
Par occuper une place
Auréolée
Inspiré inconsciemment par ces héros de fiction ?
Gisèle Chaboudez
Précise cependant  :

«Les héros dont il s’agit avec Gradiva et Dupin présentent par leur envers ce qui s’exclut de l’acte analytique comme un héroïsme en fait bien sombre. Ils figurent chacun, pour avoir été saisi un instant comme portrait d’analyste, un point ultime où le désir de l’analyste s’abolit»

«Chacun des deux héros de fiction, sur un mode différent, évoque un bien dire, une interprétation qui convient à l’analyse, mais comporte une jouissance qui abolit le désir de l’analyste»

Le superhero
Malgré sa belle croyance
Son bien dire et sa bonne interprétation
Est donc inévitablement
A une place abolissant le désir de l’analyste

Alors que pendant ce temps-là
Celui qui est à la place de l’analyste
Est bien loin de sauver le monde et l’autre
Bien au contraire
Car de son côté
Il s’ennuie… !
Nous reprenons ici
Ces mots déjà cités
De Lucien Israël :

« Lorsque Lacan a répété : « le psychanalyste a horreur de son acte », il visait une chose précise, à savoir ce dépouillement qui résulte du travail psychanalytique, ce qu’il a appelé le désêtre. Il ne s’agit pas de faire du pathos et de s’apitoyer sur le sort du malheureux psychanalyste. On n’a obligé personne à faire ce travail. Il s’agit simplement de l’ennui qui se dégage de n’importe quelle activité professionnelle, et aussi longtemps qu’on n’a pas atteint ce stade, aussi longtemps qu’on fait ce métier parce qu’on le trouve intéressant, on est à côté de la plaque »

Et donc ce serait
S’ennuyer en écoutant les gens pour qu’ils s’entendent

Gilles-Barbier-LHospice-2002

Illustration Gilles Barbier, L’Hospice

Melancholia*

Of course
Les journaux ont déniché
De jolies photos de toi
De tes cheveux blonds
Et de tes 17 ans
Évidemment
Ils ont bien découpé tes phrases
Pour que cela interpelle
Choque
Donne envie de lire
A tous les lecteurs

“Je respire mais je ne vis plus”
“Mon corps se sent toujours sale”

Voilà, entre autres, ce que tu aurais dit
Toi, victime de viol
Devenue anorexique
Et qui, dans ton pays
A demandé et obtenu
Le droit à mourir
Euthanasiée à 17 ans

C’était ta décision
«Parce que ma souffrance est insupportable»
As-tu justifié avant de mourir

Alors il ne s’agira pas ici
De débattre du fondement de cette euthanasie
Médicale et d’Etat
Mais plutôt d’essayer de comprendre
Pourquoi aucune oreille
N’a pu t’entendre
Ni t’aider à te sortir
De ce trou-là  ?

Melancholia
Cliniquement
C’est cette image qui nous apparaît
A te lire
Même s’il aurait fallu t’entendre
Pour vraiment savoir
Cependant, il est clair
Que la littérature psychanalytique
Le dit déjà
Il n’y a que ce mot
Pour décrire
Cette sensation d’âme rongée
A jeter
Qui ne vaut plus rien
Une poubelle sale
A supprimer
Ou tuer

Freud est connu
Pour avoir éclairé
Cette psychose
En la comparant avec le deuil

«La mélancolie se caractérise du point de vue psychique par une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et la diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste par des auto-reproches et des auto-injures et va jusqu’à l’attente délirante du châtiment. Ce tableau nous devient plus compréhensible lorsque nous considérons que le deuil présente les mêmes traits sauf un seul: le trouble du sentiment d’estime de soi manque dans son cas. En dehors de cela, c’est la même chose», note-t-il

Deuil et mélancolie
Presque le même combat donc
Mais pas avec les mêmes armes
Car le mélancolique n’a plus d’estime de lui
Et ce pour une raison
Qui bien souvent échappe même à l’analyste

«l’inhibition du mélancolique nous fait l’impression d’une énigme, parce que nous ne pouvons pas voir ce qui absorbe si complètement les malades, souligne Freud. Le mélancolique présente encore un trait qui est absent dans le deuil, à savoir une diminution extraordinaire de son sentiment d’estime du moi, un immense appauvrissement du moi. Dans le deuil, le monde est devenu pauvre et vide, dans la mélancolie, c’est le moi lui-même. Le malade nous dépeint son moi comme sans valeur, incapable de quoi que ce soit et moralement condamnable ; il se fait des reproches, s’injurie et s’attend à être jeté dehors et puni»

Comment rester en vie après tout ça  ?
Avec un moi vide, sans valeur
Qui ne sait que se faire des reproches…
Freud semble estimer
Que les mélancoliques peuvent néanmoins survivre
Tant qu’ils conservent une forme d’objet extérieur
Leur permettant d’articuler leur plainte
Et leur délire

Ainsi
Pour Freud
«le moi ne peut se tuer que lorsqu’il peut, de par le retour de l’investissement d’objet, se traiter lui-même comme un objet, lorsqu’il lui est loisible de diriger contre lui-même l’hostilité qui vise un objet et qui représente la réaction originaire du moi contre des objets du monde extérieur»

Mais Lacan est lui plus virulent
Quand il évoque
L’objet disparu ou suicidé
Qui serait la marque
Des sujets mélancoliques

«Il s’agit de ce que j’appellerais, non pas le deuil ni la dépression au sujet de la perte d’un objet, mais un remords d’un certain type, déclenché par un dénouement qui est de l’ordre du suicide de l’objet. Un remords donc, à propos d’un objet qui est entré à quelque titre dans le champ du désir, et qui, de son fait, ou de quelque risque qu’il a couru dans l’aventure, a disparu»

Objet mort
Objet perdu
Objet ruiné
Objet suicidé
Objet détruit
Que devient l’objet du mélancolique
Et peut-il être sauvé
Par l’oreille d’un analyste  ?

Et si finalement
Avec tes cheveux blonds
Et tes convictions tranchées d’une jeune fille
De 17 ans
C’était toute l’énigme de la mélancolie
Que relançait
Ta «bonne mort»
– cf euthanasie = bonne (eu) mort (thanatos)  ?

* Quelques heures après avoir été annoncée, l’info est démentie. Et ce bien que de nombreux médias français et étrangers avaient rapporté l’affaire. La jeune femme aurait décidé de mettre fin à ses souffrances en cessant de boire et de s’alimenter. Objet suicidé ?

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Illustration La jeune fille à la perle, Vermeer

 

Sac à qui ? Sac à quoi ?

Elle traverse le parc
D’un pas décidé
Jusqu’à nous
Elle a environ 5 ans
Et demande

«De quién es esta bolsa  ? Y esta mochila  ? Y esta  ? Y esta  ?  »

Insistante
Le regard fixé
Elle veut savoir
Quel sac est à qui  ?
Quel est celui de la maman  ?
Quel est celui des enfants  ?
Quel est celui de personne  ?
Pourquoi il y en a autant  ?
Qui a-t-il dedans  ?
Et puis, qui sont les enfants d’abord  ?

Notre réponse est calme
Détachée
Un peu clinique
Et absente
Car elle nous surprend
Dans son insistance furieuse
D’ailleurs, elle continue
Elle nous (pour)suit dans le parc
Pendant la distribution des sacs
Et insiste
«Et celui-là, il est à qui  ? Et celui-là, à qui  ?»
Etc etc

Sur le moment
Nous classons l’événement comme
Un simple jeu étrange d’enfant
Une lubie peut-être
Mais ensuite
En y repensant
Nous nous demandons
Si ce court instant
N’avait pas plutôt mis en exergue
La question du «je» d’un enfant

Car cette obsession pour les sacs
Et leur appartenance
Nous a renvoyée soudainement
A cette phrase
De Michel Allègre

«  Le parlêtre se présente comme une sorte de sac empli avec un ordre très relatif de divers objets parmi lesquels il puise ce dont il pense avoir besoin pour faire face à l’hétérogénéité du monde phénoménal  »

Si le parlêtre est un sac
Quel était donc
La véritable question
De ce petit sujet têtu  ?
Cette petite fille
N’était-elle pas en fait
En train d’essayer de comprendre
Qui est qui  ?
Quels objets nous tiennent
A nous, les autres
A nous, les gens
Un peu comme si son manège
Attestait d’une sorte de
«  Dis-moi ce qu’il y a dans ton sac de parlêtre
Et je saurai qui tu es  »  ?

Le sac, enveloppant
Est toujours diseur de quelques choses…
Sans tomber dans la psychologisation des objets
Ce sont en fait
Les sans-abris et psychotiques
Qui nous l’ont dit
Eux qui accumulent les sacs plastiques
Les conservent, les collectionnent
Comme s’il y avait un sens
A garder cette enveloppe
Ce contenant
Ne pas laisser s’échapper
Le sac de soi

Et pourtant
Nous sommes étonnées
De ne pas trouver trace de quelques lignes
De Freud sur les sacs
Dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne
Quant à Lacan
Il y a cette idée d’un corps sac
D’un sac vide
D’un sac de nœuds aussi
Mais rien qui nous aiguille
Sur le sac à qui  ? Sac à quoi  ? insistant d’une enfant

C’est dans un livre consacré à Dolto
De Jean-François de Sauverzac, psychanalyste et philosophe
Que nous trouvons une piste de réponse
Lui s’interroge sur cette idée  :

«Quelle parole vient effectuer la fermeture du corps de l’enfant sur lui-même, du sac de peau, et sa séparation d’avec la mère  ?»

Et justement
N’y avait-il pas quelque chose de cet ordre-là
Dans les questions incessantes de cette enfant
A la recherche donc d’une mère
Ou d’une analyste
Capable de lui signifier
La fermeture du corps, du sac

La séparation donc
L’existence
D’un mur entre elle et l’Autre
Comme si sa demande
Était inconsciemment

«Dis-moi ce qui est séparable…
Dis-moi qu’il y a la mère d’un côté
Et de l’autre les enfants
Dis-moi que tout n’est pas à tout le monde
Que chacun a sa peau»

97753

Illustration Maternité, Eugène Carrière

Kids ou pas kids ?

Elle nous dit que c’est tellement beau
D’avoir une myriade d’enfants
Qu’elle, elle est issue d’une famille de 4
Et qu’en l’occurrence
Elle était la seule fille
Ainsi que la petite dernière
« J’étais la chica », glisse-t-elle
Toute émue et joyeuse
A l’évocation
De ce qu’elle nomme «  sa bande  »
Ses trois plus grands frères

Elle a, on dirait,
37 ou 38 ans
Peut-être 40 déjà ?
Elle est très jolie en tout cas
Cette Andalouse
Et c’est à ce moment-là que notre inconscient,
Nous pousse
A lui demander
Si elle en a, des kids ?
« Que no, que no », répond-elle
Visiblement émue
Secouée
Attristée
Déconcertée
Pas de kids donc
Pour la chica devenue grande…

Quelques semaines plus tard
Sans connaître
Le pourquoi de ce «  pas d’enfants  »
Nous repensons à cette femme
Peut-être parce qu’il nous a semblé que
Cette jolie Andalouse
Disait quelque chose
De la clinique de today
Car la question
Kids ou pas kids ?
Est plus que jamais d’actualité

Certes, on fait toujours des enfants
Mais souvent ils arrivent
Plus tard
Et moins nombreux
Est-ce lié
Au contrôle des naissances ?
Est-ce la faute
A l’emploi, aux études ?
Ou la simple faute à pas de chance ?
Et d’ailleurs
A-t-on besoin d’avoir des enfants
Pour se réaliser
En tant que femme  ?

Freud était plutôt dans une optique
De la transformation en mère
Comme but et évolution positive d’une femme
Mais cette vision était of course
Liée aux carcans de son époque

Aujourd’hui
Beaucoup plus de femmes
S’affranchissent
Du désir de maternité
Et après tout
Pourquoi pas  ?
Comme le rappelle Colette Soler
Dans «  Ce que Lacan disait des femmes  »

«  entre la mère et la femme, il y a un hiatus, d’ailleurs bien sensible dans l’expérience. L’enfant phallique est susceptible parfois de tamponner, de faire taire l’exigence féminine, comme on le voit dans les cas où telle maternité modifie radicalement la position érotique de la mère. Mais pour l’essentiel, le don d’un enfant ne permet que rarement de clore la question du désir.  »

Ainsi
L’enfant ne viendra donc jamais
Colmater totalement
La question que pose toute femme
Ainsi que son désir
Une femme peut donc parfaitement
Ne pas désirer d’enfant

De la même façon
La mère ne répondra jamais totalement
Au désir de l’enfant
Car
«dans la mesure où elle est femme, une mère n’est pas toute à son enfant»
Note encore Colette Soler

Cette dernière
Constate également dans son livre
Qu’il y a une évolution
De la clinique
De la maternité
Et elle affirme
Recevoir par exemple
De plus en plus souvent
«Non pas une femme de trente ans, mais plutôt une qui approche des quarante, célibataire, qui en général travaille, qui jouit de la libre disposition de son intimité, et qui commence à s’apercevoir que le temps passe et que si elle veut avoir un enfant, il lui faut se presser de rencontre un homme digne d’être père, à moins que son choix de soit d’avoir un enfant seule»
Colette Soler parle alors de «  femmes en charge de père  »
Car ces femmes seraient selon elle
Dans ce type de questionnements :

«  Je cherche un père, mais je ne supporte pas de vivre avec un homme ; je cherche un père, mais ceux que je rencontre ne veulent pas d’enfants ; je cherche un père, mais n’en rencontre pas ; je l’aime mais je ne le vois pas en père ; sans oublier : j’ai tout de suite pensé que ce serait un bon père  »

De notre côté
Nous voudrions apporter
Un autre ressenti
Apparu à l’écoute de cette Andalouse
A savoir qu’il y aurait aussi
Quelque chose
Chez la femme actuelle
Qui ferait que
Dans son développement psychique
Ses équilibres de vie
Elle serait tout bonnement
Coupée de ce désir
Comme si elle avait une nouvelle fragilité
Une difficulté
Voire une impossibilité
A assumer ce désir
Sans pour autant en être libérée…

Ainsi
La question serait de savoir
Si les femmes d’aujourd’hui
Ont encore la «  névrose  » nécessaire
Au support
Du désir de maternité  ?
Un désir ambivalent et violent
Qui exige qu’on paie un prix
Tout se passe comme si
Les nouvelles structures psychiques
N’avaient pas toujours
La place pour l’arrivée de cet Autre
Comme si cette chica andalouse
Qui avait adoré être une enfant
Butait adulte sur un manque, un trou
Qu’aucun enfant ne comblera
Car le désir de maternité
Aurait quelque chose
D’insoutenable

Car après tout,
Dire que le père idéal
N’est pas trouvé ou trouvable
N’est-ce pas au fond une dénégation
De l’impossibilité
A rencontrer la mère qu’il pourrait y avoir
Un jour en soi  ?

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Illustration Portrait de la mère de l’artiste de James Abbott McNeill Whistler

Portrait craché

A quel âge votre mère a été ménopausée ?
Avez-vous des diabétiques dans la famille ?
Des cancers ?
Des suicides  ?
Votre père est-il toujours en vie ?
De quoi est-il mort ?
Alors ça, ça compte
Ça, ça ne compte pas
Vous devriez contrôler ça, par contre
Car ce sera pareil pour vous,
Vous savez
Parce que génétiquement parlant…

Dans quelle mesure
Le sujet statistique
Peut-il s’extraire
De l’écrasante genèse
Familiale
Alors que
La science ne cesse de lui répéter
Que son corps
Appartient au fond
4 ever
A ses proches ?

Parce que d’un point de vue
Génétique
Et statistique
C’est en effet prouvé
Vous avez plus de «chance»
De développer
Les mêmes pathologies
Que celles parentales
Et il est d’ailleurs intéressant
De mettre en lumière ce point
Alors qu’en psychanalyse aussi
Il y a également
De la répétition
Des symptômes et/ou structures
Des parents
Une répétition symptomatique
Que nous qualifierons de fantomatique
Dans la mesure où l’on sent parfois
Le fantôme de l’autre
Inscrit derrière…

Et pour le body, corpo, cuerpo
Ce serait donc encore pire !
Tous condamnés par la science
A devenir les portraits crachés
Des aïeux
Aïe aïe aïe
Ça fait mal, non  ?

Et si la psychanalyse permettait
A contrario
A un sujet
D’avancer à contre-courant
De ces prédictions de la science ?
Question qui nous a traversé l’esprit ces derniers jours
En réfléchissant à la notion
D’invention
Inventer
Grâce à la cure
Car après tout
Même la science statistique
Ce n’est jamais du 100%

Seriez-vous capable d’inventer autre chose
Une autre maladie déjà ?
Un autre symptôme  ?
Ou encore mieux, pas de maladie ?
Comme si les gènes
N’étaient plus une gêne
Ne pas être gèné donc
Être sans gène
Juste vous, l’inventeur de votre vie…  ?

Cette proposition
Qui peut être
Un horizon de fin de cure
Semble bizarrement rarement évoquée
Clairement
Dans le jargon psy

« Le terme d’invention n’est pratiquement pas utilisé par Freud pour qui la psychanalyse relève essentiellement d’une découverte », souligne Luis Izcovich
Dans un article
Consacré à la notion d’invention en psychanalyse

Dans ce texte,
Il explique comment Freud
Tel un chercheur d’or
Préférait le mot découvrir
Car il s’agissait pour lui avant tout
De mettre à jour
Quelque chose qui existait déjà
Lacan serait celui qui a amené
Cette idée d’inventivité
De création
Ne serait-ce que pour l’analyste
Qui doit «inventer le savoir»

«Naturellement ce savoir n’est pas du tout cuit. Car il faut l’inventer»
Lance-t-il dans sa Note italienne
Une position dont s’est toujours soutenue Klein
Et que nous avons déjà rencontrée
Chez d’autres analystes inventeurs…

Inventer en tant que psy
Pour encore une fois
S’extraire de l’héritage analytique
Et ne pas se cantonner à être
L’énième fils ou fille à papa
De Freud et Lacan

Mais le sujet alors
L’analysant
Que lui dire sur ce point
Sur le fait de savoir
Inventer grâce à sa cure  ?

Dans Boiter n’est pas pécher
Lucien Israël
– Qui, à sa façon, a souvent inventé
Avance cette pirouette
Sur le fantasme
Qui s’avère
Éclairante pour tous ceux qui voudraient
En finir avec le mythe
Du portrait craché

«Le fantasme, dans lequel le sujet est incarcéré, engoncé, enfoncé, emmuré, le fantasme nous sert de crible pour découper, dans la réalité du monde, les constellations qui nous conviennent. Mais ce sont des constellations guidées par le crible du fantasme. (…) Mais que le fantasme soit ouvert, décapsulé, ai-de dit un jour, qu’il s’ouvre de façon que ses constituants puissent être séparés, et à ce moment nous sommes en présence d’un sujet désirant qui peut choisir un autre radicalement différent de lui sans rapport avec lui-même, un autre qui constitue l’ouverture vers une autre aventure, vers une vie nouvelle qui n’était pas prévisible, pas programmable, pas représentable, et, à la limite, qui n’était pas possible»

«une vie nouvelle qui n’était pas prévisible, pas programmable, pas représentable»
Y compris par vous et les médecins
Sortir de sa fixion donc
En coupant court avec toute fixation
Imaginez par exemple quelqu’un
Qui plutôt que de vous rappeler
Vos menaces génétiques
Vous décontenancerait
En vous demandant
L’heure de la journée que vous préférez
Votre film fétiche
Votre instrument de musique
Votre couleur
Etc etc…
Façon portrait chinois
Ou questionnaire Proust
Ne serait-ce pas aussi ça
Être analyste
Et donc
Décapsuleur…  ?

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Illustration Portrait d’une jeune fille, Pierre Bonnard

Un certain trouble de l’engage

Et tu lèches les barrières du parc
Tu fais tout le tour, en t’appliquant
Et puis tu verses une bouteille d’eau par terre
Vide l’eau n’importe où
Sur toi, le banc, les gens…

Et puis tu mets du sable partout
Tu remplis tout de sable
Le banc
Tes chaussures
La bouteille
La boîte à goûter d’une autre enfant
Et ta nounou ne comprend vraiment pas
Pourquoi tu t’entêtes à jouer bizarrement comme ça
Oui, pourquoi ne joues-tu pas
Avec les autres  ?
Et ne fais pas
Autre chose que
Lécher
Verser
Remplir
Et verser encore  ?

Et du coin de l’œil parfois pourtant
Tu nous regardes
Nous
L’analyste
Œdipe aux yeux brûlés…

Et que peut-on faire là, dans un parc
A part t’observer de façon flottante
Et savoir que tu cherches
A incorporer les choses
Le monde
La vie, son sens
Les limites
Les barrières
Qui est vide de sens  ?
Toi, ton corps
Ou la vie  ?
Et ta langue fait le tour de quoi  ?
Le tour du parc
Ou le tour du monde, de ton monde  ?

Il faudrait te demander un jour
De nous dessiner quelque chose
Qui ne serait pas un mouton
Mais voudrais-tu vraiment
Te saisir de ce feutre
Ou préférerais-tu lécher la feuille
Pour faire une aquarelle  ?

Tu sais
Les Autres enfants
Mettent
Un espace ou des mots
Entre eux et la Chose
Alors ils aiment nous dessiner des bonhommes
Et raconter leurs histoires
Mais quel est ton histoire à toi  ?
Toi qui parles
Vas à l’école
N’as plus de couche
Manges normalement
Regardes dans les yeux

Et pourtant ce flottement qui revient
Devant le visage las de ta mère
Ton épouvante indifférence
Quand tu regardes ton petit frère dans sa poussette
Ton absence aussi
Quand tu chantonnes tout seul en jouant

Que deviendra cette étrangeté
Si personne ne la voit
Ou plutôt
Si aucun analyste ne l’écoute  ?
Car c’est peut-être cette question
Que tu nous envoies d’un regard
Plutôt qu’avec ta langue

Si personne ne voit ça
Que fait-on  ?

«Il y a, chez l’analyste, un transfert spécifique car il a foi dans l’être humain son interlocuteur, être unique en son genre, sujet de la fonction symbolique, sujet inconscient de l’histoire qui est la sienne, sujet désirant se signifier, sujet appelant réponse à sa question»
Disait Dolto dans Le Cas Dominique

Sauf que ça, c’était en 1971
Et toi maintenant
Tu grandis
Dans DSMland, mon enfant…

«Dans l’autisme, il n’y a pas de construction narcissique qui donne un minimum de sens à l’existence et à la jouissance»
«Il n’y a pas d’histoire, l’Autre pulvérise le sujet»
Avançait Marc Strauss l’autre jour à Madrid

Vrai  ? Faux  ?
De toute façon, toi, tu n’es pas vraiment autiste
Pas vraiment pulvérisé
Non, tu es juste «troublé»
Tout comme des dizaines de petits camarades
Qui mordent, tapent
Et dorment chaque nuit
Dans le lit de leurs parents
Oubliant certainement
Cette idée
Que «Le corps se fait le lit de l’Autre»

«Il faut poser que, fait d’un animal en proie au langage, le désir de l’homme est le désir de l’Autre»
Expliquait Lacan encore

Mais cet Autre a tellement changé, évolué
Que la clinique 2.0
Est floue
Et surtout de plus en plus réduite
Grignotée par le scientisme
Écrasée par le dogme y compris psy
Fustigée par la haine
Pratiquée par des idiots  ? – c’est une question…

Qu’il semble loin le temps
Où Freud détaillait  :
«L’hystérie est l’image distordue d’une création artistique, une névrose de contrainte l’image distordue d’une religion, un délire paranoïaque l’image distordue d’un système philosophique»

Et today  ?
Quid de l’enfant lécheur de barrières  ?
Devrions-nous tenter de traquer la perte de réalité
Qu’il abrite  ?
Ou le laisser faire le tour
Du pas de sens de sa langue  ?

«Cette position esthétique relève d’une éthique du dire dont la psychanalyse est le creuset puisqu’elle relève non d’une interprétation d’un sens mais du pas de sens qui disjoint la convention», écrit Michel Allègre

Éthique du dire donc
Éthique du pas de sens
Avec à l’horizon le beau
Qui «a pour effet de suspendre, d’abaisser, de désarmer, dirai-je, le désir»
Lacan again
Mais si personne ne voit ça
Que fait-on  ?

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Illustration Cy Twombly, Delian Ode

Des oreilles pour les murs

« Contribuciones del psicoánalisis a la práctica clinica del TDAH y TEA »

Des oreilles pour les murs

Et si être psy à l’ère DSM, ce n’était pas contribuer à la folie du diagnostic sériel, mais faire du cabinet un asile dans le bon sens du terme. Pas un endroit pour les fous, non. De toute façon, «le psychotique est normal dans sa psychose», dit Lacan. Mais un lieu inviolable où cet enfant de 3 ans qui lèche les barrières encerclant un parc madrilène ne gagnera pas son étiquette made in DSMland. Car l’analyse ne s’intéresse pas à la norme mais «à comment le sujet s’organise autour de son désir», note Patrick Landman. Alors il s’agira de désérialiser «le sujet statistique» décrit par Michel Allègre, de lui redonner de l’inconscient peut-être. De faire ce pas de côté qui fâche, à l’heure où le scientisme domine et où l’autisme, notion pourtant créée par la psychanalyse, est le symbole des anti-divans. «D’un point de vue marxiste, le mot autisme est devenu une marchandise», écrit Paul Alerini. Imaginez alors un endroit où l’on pourrait lécher les murs et tomber sur une oreille…

Texte écrit en français en réponse à cet appel à participation espagnol…
Pas envoyé par contre car quelque part hors sujet…

El 25 de mayo tendrán lugar en la ciudad de Vigo las XIX Jornadas de Colegios Clínicos del conjunto de las Formaciones Clínicas del Campo Lacaniano –F9.

Por la mañana el tema tratará sobre Entrar en análisis, y por la tarde habrá una mesa redonda acerca de : Contribuciones del psicoanálisis a la práctica clínica del TDAH y TEA.

Pueden presentar propuestas de trabajo tanto los participantes en la enseñanza como los alumnos matriculados en el Colegio de psicoanálisis. Para quienes deseen presentar propuesta de intervención en la mesa redonda, pedimos que se circunscriba a un aspecto de la intervención o del tratamiento de estos dos “diagnósticos” de actualidad.

Los interesados deben enviar sus propuestas de ponencia (título y un máximo de 10 líneas sobre el tema a exponer) a la comisión científica de las Jornadas. La fecha límite de la recepción de propuestas es el 1 de abril.

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Illustration Doria Garcia, Jacques Lacan Wallpaper

Médée vous vraiment ?

Médée
(nom dans lequel nous proposons hoy d’entendre m’aidez)
A d’abord trahi son père et tué son frère
Pour aider son amant
Cependant, répudiée par la suite par ce dernier
Elle tuera ses propres enfants
Pour se venger…

L’aidante Médée
Se révéla donc être avant tout
Tueuse
Tueuse sans regret
Sans limite

D’où cette question
M’aidez-vous vraiment
Ou alors êtes vous en train de Médée  ?
C’est-à-dire de m’aider
Pour ensuite mieux me posséder
Ou du moins considérer
Que je vous appartiens, que je vous suis liée ?

Étonnamment
Toute cette réflexion nous a traversé l’esprit
Suite à la question très tranchée
D’une analyste
Sur la faiblesse que pouvait avoir
Une hystérique

Après hésitations et silence
La mort nous était apparue
Comme le point faible de l’hystérique
Oui, la mort
Comme une impasse pour ce type de sujet
Comme nous l’avions d’ailleurs déjà écrit
Un jour ici

C’est-à-dire que ce type de sujet
Ne sait absolument pas quoi faire de la mort
A part la donner  ?
C’est Médée qui revient ici
Avec cet éclairage qu’elle apporte
Sur l’aidante qui causera la perte
Qui peut, of course, être aussi symbolique
Et en passant
N’est-ce pas cette place que peut potentiellement
Occuper toute mère pour l’enfant  ?

«L’amour concentré sur un objet nous offre lui-même une autre polarité de ce genre : amour proprement dit (tendresse) et haine (agression)»,
Expose Freud dans Au-delà du principe de plaisir

Ce qu’il révèle là
C’est que la haine
Est toujours là quand il y a de l’amour
Et ceci est valable
Pour tous
Y compris pour toute mère
Si aimante soit-elle…

«la mère hait son petit enfant dès le début… », a ainsi lancé Winnicott

La vie de Médée incarnerait-elle alors
Ce versant de haine maternelle  ?
Ou bien représenterait-elle en prime
Ce dont est capable une hystérique au narcissisme blessé  ?
Car ce que l’hystérique refuse
Plus que la mort
C’est
La mort de quelque chose
Et donc la castration

«Ce que l’hystérie, dit-on, refoule mais qu’en réalité elle promeut, c’est ce point à l’infini de la jouissance comme absolu»
A souligné Lacan dans le Séminaire 16

L’infini de la jouissance
Revendiqué par Médée
Qui veut faire disparaître
Tout ce qui prouve
Que la jouissance n’est pas infinie
Et que la castration existe donc…

Pouvez-vous m’aider plutôt que Médée  ?
Jenny Aubry affirme elle
Que le sujet
Doit finalement
Tuer la mère
Pour s’aider

“Quelle mère faut-il tuer ? C’est une mère imaginaire, celle qui apparaissait à l’enfant comme toute-puissante, dispensatrice de tous les biens, celle qui pouvait donner à l’enfant le bien-être, la vie, la santé, et qu’il fallait séduire en réalisant tous ses désirs pour survivre”.

“C’est seulement lorsqu’il aura en quelque sorte tué symboliquement par la parole cette mère et cet enfant imaginaire, qu’il pourra, au lieu de « régler des comptes », accéder à son désir propre et retrouver sa mère réelle, celle que son histoire a structurée et formée. Celle qui n’est ni toute-puissante ni parfaite…”

Mais êtes-vous
Vraiment prêt
A tuer Médée ?

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Illustration Maria Callas dans Médée de Pier Paolo Pasolini